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SYNDICAT DES ÉDITEURS (Décision du 27 Juin 1917)

A partir du 1" Août 1917 Augmeiitalion temporaire de 30 ° ,, du prix marqut^

LiBUAiwE Armand Colin

COMMENT RECONSTRUIRE ss NOS CITÉS DÉTRUITES sg

NOTIONS D'URBANISME S'APPLIQUANT AUX VILLES, BOURGS ET VILLAGES

' COMMENT RECONSTRUIRE

NOS CITES DETRUITES o

NOTIONS D'URBANISME S'APPLIQUANT AUX VILLES, BOURGS ET VILLAGES

par

MM. AGACHE, Architecte du Musée social o o AUBURTIN, Architecte du Gouvernement o o o o REDONT, Architecte paysagiste ooooooooo

Préface par M. GEORGES-RISLER

PréùdcDt de la Section d'HyeièDe urbaine ei rurale du Maiée Social

ni

LIBRAIRIE ARMAND COLIN ^ '

103. BOULEVARD SAINT-MICHEL - PARIS

1916

Tous droits de reproducbou. de traduction et d'adaptation réserrés pour tous pays

(2' ÉDITION)

Les pages qui suivent n'ont pas la prétention d'avoir été écrites pour des spécialistes et en eue d'élucider, dans tous ses détails techniques, le problème de V Aménagement et de l'Ex- tension des villes. Elles ont un but de vulgarisation et de sugges- tion, elles veulent attirer l'attention du public et des intéressés sur ces questions d'Urbanisme dont il importe de se soucier dès à présent afin de ne pas être pris au dépourvu lorsque, dès la ces- sation des hostilité s, 'il s'agira pour les villes, bourgs et villages, de reprendre au plus tôt, mais dans les conditions les plus favo- rables, leur vie économique et sociale, oooooooooooooooooooooooooooooooo

r r

C'est à la suite d'entretiens entre membres de la SOCIETE FRANÇAISE DES ARCHITECTES URBANISTES que le présent ouvrage a pris naissance. Il avait affecté au début les allures d'un Rapport destiné à la Commission Parlementaire des Départements Envahis ; mais le développement de certains cha- pitres, l'intérêt qu'il y avait, semble-t-il, à atteindre le grand public, ont engagé les auteurs à donner à ce travail une forme plus accessible et à le publier en librairie, ooooooonoooooooooooooooooo

Une collaboration étroite des trois auteurs cités en tête du volume s'ensuivit ; néanmoins, il serait injuste de ne pas rendre hommage à M. LÉON Jaussely, architecte du Gouvernement, et à M. J.-C.-N. Forestier, conservateur des promenades et jardins de Paris, qui participèrent activement aux réunions de la première heure ; nous devons, en outre, à M. Jaussely les cha- pitres I et III de la première partie, qui traitent de l'application des principes d'Urbanisation et de l'Organisation rapide des services pour la confection des plans dans les régions dévastées, et à M. Forestier le paragraphe (( espaces libres et jardins » dans le chapitre II de la première partie, oooooooooooooooomoooooooooooo

A la

Commission Parlementaire des Départements envahis

et à son éminent président M. LÉON BOURGEOIS

Ancien Président du Conseil, Sénateur Ministre d'État

CCS pages

dans lesquelles on s'est proposé de définir l'Urbanisme et d'en souligner les applications pra- tiques en vue de l'essor pro- chain de nos villes de France

sont dédiées

en sincère hommage

par

OD LEURS AUTEURS d =

TABLE DES MATIÈRES

Préface

INTRODUCTION

Nécessité des plans d'ensemble pour l'aménagement et l'exten- sion des agglomérations urbaines et rurales

Le souci de l'intérêt général. Adaptation aux besoins modernes. Pourquoi l'aménagement des villes laisse à désirer. Opportunité des plans d'ensemble. L'urbanisme. Réponse à quelques objections.

PREMIERE PARTIE

L'AMÉNAGEMENT ET L'EXTENSION DES VILLES DE FRANCE

Chapitre I. Le programme. Prépîiration et rédaction ....

Nécessité d'uu programme complet. Les documents à recueillir. Le programme indispensable. Ses grandes lignes.

Par qui le faire établir. Documents complémentaires. Pièces exigées de l'auteur du projet.

Chapitre II. Principes directeurs pour servir à l'étude et à la confection des projets

Méthode de travail. Considérations d'ordre général. i" Distribution et Circulation ; les quartiers, les voies, les trans- ports en commun, les édifices, les espaces libres. 2" Hygiène et Salubrité : l'hygiène des voies, les services publics en surface et en sous-sol, rapports des parties bâties et non bâties, l'hygiène de l'habitation. Esthétique et Agrément : les édifices anciens et modernes, les constructions courantes, les voies, les ressources de la nature, les plantations, les eaux, les accessoires de la voirie.

Les Règlements Edilitaires.

a

VI TABLE DES MATIERES

CuApiTBE III. Les services d'urbanisation 8a

Échelonnement pratique des phases d'arbanisalion. Les commissions municipales. Les commissions départementales. La commission supérieure. Désignation de l'urbaniste. Un bureau des plans, La rémunération des services.

DEUXIEME PARTIE

LE CAS DES AGGLOMÉRATIONS DÉVASTÉES PAR LA GUERRE

CiiAPiTRii I. Application des principes d'urbanisation aux villes dévastées

Opportunité des réformes. Opérations préliminaires. Le plan d'ensemble indispensable. Etude rapide des projets. Extensions et déplacements. Revision des anciens plans. Notre époque commémorée par l'embellissement urbain. Con- servation des ruines, reconstruction des édifices historiques. Reconstruction des édifices publics.

Chapitre II. Application des principes d'urbanisation à la reconstruction des villages et des bourgs dans les régions dévas- tées 100

Circulation. Hygiène et salubrité : r-' dans les bourgs; ■1" dans les villages. Le pittoresque et l'agrément. ^Applica- tion aux communes partiellement détruites. Exemples d'agglo- mérations créées d'un seul bloc. L'amélioration morale. Une étape nécessaire : les baraquements.

Chapitre III. Organisation des services pour la confection des plans d'ensemble dans les régions dévastées ii4

La tutelle de l'Etat. Une organisation temporaire. Ensemble des services : agences d'arrondissements; agences départemen- tales; direction centrale; les levés de plans. Siège des ser- vices. — Les dépenses et les frais. Organisation rapide.

TROISIEME PARTIE MODES DE RÉALISATION EFFECTIVE

Chapitre I. Les opérations d'acquisitions foncières 117

L'approbation d'un plan d'aménagement ou d'extension doit conférer à la commune le droit d'expropriation sur les zones intéressées. La stabilisation des prix des terrains. Acqui- sitions à l'amiable. Expropriations. Les remaniements par- cellaires ou remembrements. Procédure d'acquisition.

TABLE DES MATIÈRES VII

CiiApiTRF. II. Reventes et pjirticipations i43

Nécessité des reventes. La commune agissant pour son propre compte ou par voie de concessions. Les syndicats de proprié- taires. — Les frais de viabilité. Les participations : redevances des concessions; taxes de plus-value; allocations et indemnités.

Chapitre III. Documents législatifs i5o

A. Législation existante :

Loi du 3 mai 1841 (expropriation pour cause d'utilité publique). . i5ï

Décret du 26 mars i85a (relatif aux expropriations) 168

Loi du 10 avril 1912 (modifiant le décret de iSoij 170

Loi du 5 avril 1884 (organisation intermunicipale) 171

Loi du i5 février 1902 (mesures sanitaires concernant les

immeubles) 1^5

Loi du 21 avril lyoG (protection des sites et monuments natu- rels) 178

Loi du i3 avril 1910 (création de stations liydrominérales) . . 180

Loi du 21 avril 1914 (modification de la loi de 1841) 184

B. Législation en instance :

Proposition de loi (modillant la loi du i5 février 1902) .... i85 Proposition de loi (Cornudet) concernant l'aménagement et

l'extension des villes 18S

Proposition de loi (création d'un service de reconstruction des

habitations dans les départements dévastés) 219

C. Législation complémentaire

Projet de modification au régime de l'expropriation proposé par le service de la voirie de la ville de Reims 227

Projets et règlements concernant le plan d'extension de la ville de Lausanne 23o

PRÉFACE

Par M. GEORGES-RISLER,

Président de la Section d'Hygiène Urbaine et Rurale

du Musée Social, Président d'honneur de la Société française des Architectes Urbanistes.

Pour bàlir une maison, on dresse un plan répondant aux points essentiels, on le modifie ensuite s'il y a lieu, de manière à l'accommoder au terrain sans avoir à sacri- fier les desiderata les plus importants. S'il s'agit d'une usine, non seulement on dresse ce plan avec le même soin, mais, en l'établissant, on n'a garde d'oublier que l'immeuble pourra être doublé, triplé, quadruplé même, si l'entreprise prospère. Et, à moins de capacités spé- ciales, on ne fait que le schéma, et l'on va trouver un architecte. S'il s'agit d'un établissement industriel, on ne s'adresse pas à celui qui construit des palais ou à celui qui bâtit des maisons de rapport, mais à un architecte industriel.

Comment expliquer alors qu'on en soit arrivé à admettre dans notre pays qu'il pouvait en être autrement lorsqu'il s'agit du développement de nos villes?

Une agglomération urbaine est un organisme en crois-

X PRÉFACE

sance. Comment celui-ci pourrail-il se développer sans règles, sans prévisions?

Sans doute, une ville est composée surtout de maisons, et nous regardons avant tout à notre foyer; mais celui-ci tire une grande part de sa valeur des conditions générales de salubrité, de commodité et de beauté de l'agglomé- ration dont il ne constitue qu'un élément.

Quelles pourront être ces conditions essentielles si le développement de la ville a été à peu près abandonné à l'aventure, au hasard, alors qu'il doit, au contraire, être préparé et réglé avec la plus grande sollicitude? Nous savons bien que, même en nous appliquant à prévoir dans toute la mesure de nos forces, nous laisserons encore une trop large part au hasard qui, si souvent, vient à la traverse des vues humaines en apparence les mieux assurées.

Et, de même que pour faire construire une usine, nous avons recours à des architectes industriels, pour cons- truire nos villes, pour les développer ou pour améliorer leur aménagement dans la mesure du possible, il est naturel de nous adresser à des architectes urbanistes.

L'Urbanisme est un art absolument spécial; il y a une multitude de constructeurs de maisons, et il n'y a jamais eu qu'un petit nombre de constructeurs de villes.

Cet art, si dédaigné chez nous depuis plus d'un demi- siècle, a cependant eu son berceau en France. Déjà, sous Henri 11, sous Henri IV, sous Louis XIV, comme nous l'indique, dans ses savants ouvrages, M. Eugène Hénard, qui peut être considéré comme le chef éminent de notre nouvelle école d'Urbanisme, des plans avaient été dressés et des règlements édictés, en vue de diriger favorablement l'accroissement de nos grandes agglomérations.

PREFACE XI

La Convention fit élaborer pour Paris, en 1793, par une Commission choisio parmi les hommes compétents, un plan général qui a pris le nom de « Plan des artistes ». Il a été conservé, et, sauf pour les voies stratégiques qu'Haussmann a cru devoir créer dans notre capitale, on s'en est encore très largement inspiré lors de la transfor- mation de Paris sous le second Empire.

A l'étranger, on reconnaît en toute franchise que c'est chez nous qu'on est venu chercher des modèles. M. Buis, le regretté bourgmestre de Bruxelles, qui a pris une si grande part à la transformation de cette capitale, M. Raymond Unwin, dans un ouvrage sur les villes futures, et même M. Stiibben auquel l'Allemagne doit en grande partie les progrès réalisés dans ses grandes cités depuis trente ans, l'ont nettement proclamé à de nombreuses reprises.

Comment cet art si français est-il, pendant ces dernières années, tombé en désuétude dans notre pays?

On reste confondu en constatant que, pendant cette période l'on s'évertuait, à l'étranger, à pénétrer les principes de cette science qu'est l'Urbanisme, à la déve- lopper et à en obtenir les bienfaisants effets dont elle est susceptible au point de vue de la moralisation, de l'esthétique et de l'hygiène, on ne paraissait éprouver pour elle, dans notre pays, que du dédain.

A nos grandes villes embellies par nos ancêtres et qui possèdent de tels trésors et un si grand charme, on n'a ajouté ces dernières années que des quartiers affreux, sortis de terre comme au hasai'd, et aménagés contre toutes les règles aussi bien de l'hygiène que de l'esthé- tique.

XII PREFACE

La section d'hygiène urbaine et rurale du Musée Social a eu, tout particulièrement, en France, le mérite de cher- cher à remettre en honneur les principes de l'Urbanisme si étrangement oubliés parmi nous depuis tant d'années.

Sauf quelques spécialistes tout désintéressés comme M. Eugène Hénard, personne ne paraissait plus s'en préoc- cuper, lorsqu'il y a bientôt neuf ans, à propos de la ques- tion du déclassement des fortifications de la Ville de Paris qui allait être opéré dans des conditions essentiellement inesthétiques et insalubres, elle intervint avec la plus grande énergie, afin d'obtenir de cette transformation les conditions de beauté et d'hygiène les plus favorables pour nos concitoyens.

Elle ne tarda pas à constater que, pour. ce cas spécial comme pour tant d'autres, la mauvaise direction de l'extension et de l'aménagement de nos villes provenait, avant tout, de l'absence de plans généraux; elle entreprit alors une véritable croisade en faveur de cette réforme. Avec le concours d'hommes éminents comme MM. Hénard, Bechmann, Bonnier, Juillerat, Forestier, Heuri Prost, Bérard, Auburtin, Agache, Jaussely, de Clermont, Schloe- sing, etc., elle s'attacha à l'élaboration d'un projet de loi obligeant les villes d'une certaine importance à dresser un plan d'aménagement et d'extension. M. Jules Siegfried, député, prit à ses travaux une part très importante, et voulut bien, avec MM. Beauquier, Chenal, et quelques-uns de ses collègues, déposer ce projet sur le bureau de la Chambre. Il y fut froidement accueilli, et il fallut qu'après une législature il soit repris et déposé à nouveau par les mêmes députés.

PREFACE XIII

Pendant ce temps, les travaux de la Section d'hygiène du Musée social s'étaient poursuivis d'une manière assidue, et M. le vicomte Cornudet, député de Seine-et-Oise, avait bien voulu y prendre part. Il fut seul à solliciter de la Commission de la Chambre la charge de rapporteur, et s'attela avec acharnement à cette question dont il avait vite saisi l'importance primordiale. Il consulta les tra- vaux antérieurs, prit connaissance de tous les documents amassés au Musée Social sur ce qui s'était fait à l'étranger, et déposa un rapport très complet et fort remarquable. Il fit plus; il en réclama énergiquement la mise à l'ordre du jour, et la discussion en a eu lieu récemment à la Chambre.

* *

Les événements qui se déroulent en ce moment, et qui sont en train de transformer le monde et de l'arracher à la barbarie que voulait lui imposer l'Allemagne, ont engendré des destructions impies qui illustrent tristement tout ce que nous venons de dire.

Un certain nombre de nos villes, ou quelquefois des quartiers entiers, et, en tous cas, nombre de villages ont été totalement détruits par nos sauvages ennemis; il va falloir procéder à leur reconstruction.

Comment le faire sans plans élaborés suivant les règles de l'Urbanisme?

Nos descendants ne comprendraient pas que, sans tenir compte de l'expérience enfin acquise après tant d'années d'imprévoyance, les pouvoirs publics aient pu permettre que le grand effort de solidarité nationale qui va être accompli n'aboutisse pas à un état moral et matériel meilleur que ce qui vient de disparaître. Il faut que

XIV pnéPACE

quelque chose de supérieur à ce qui existait sorte des ruines accumulées.

Sur notre initiative, M. Léon Bourgeois, qui a consacré ses admirables facultés et une prodigieuse énergie soutenue par le patriotisme le plus ardent à assurer à notre résur- rection nationale les conditions morales les plus élevées, seules susceptibles de créer une prospérité matérielle digne et durable, a bien voulu, dès le mois de novembre, réunir le Conseil de l'Alliance d'hygiène sociale; celui-ci a adopté à l'unanimité une résolution demandant « qu'avant même leur évacuation par l'ennemi, les villes détruites soient dotées de plans d'aménagement et d'extension, que les Préfets soient invités à poursuivre leur élaboration par des Commissions nommées à cet effet, et qu'aucune ville ne soit admise à toucher les sommes qui devront lui être versées par l'État, au nom de la solidarité nationale, sans avoir présenté un plan d'aménagement sérieusement et rationnellement établi ».

Le même vœu fut ensuite présenté dans les mêmes conditions à plusieurs Sociétés ou Associations s'occupant de questions d'hygiène ou de philanthropie; des démarches furent faites auprès des Ministres compétents et des grandes directions administratives; et le vœu de l'Alliance d'hygiène sociale reçut satisfaction.

La cause est aujourd'hui gagnée; nos villes vont être obligées de dresser des plans régulateurs et directeurs; l'Urbanisme va revenir en honneur pour le plus grand bien de tous nos concitoyens, et la tâche de nos architectes- urbanistes va alors apparaître dans toute son étendue. Ils sont prêts à l'afTronter dans les conditions les plus favo- rables pour notre pays, d'autant qu'ils n'ont pas attendu les événements présents pour grouper leurs compétences

PRÉFACE XV

et fonder une Association : la « Société française des Architectes Urbanistes » (1913).

Celle-ci est composée d'hommes qui, ;\ peu près tous, ont remporté les premiers prix dans les concours interna- tionaux établis pour l'élaboration des plans d'aménage- ment et d'extension d'Anvers, de Barcelone, de Bucarest, de Guayaquil, d'Yas Cambera (Australie), d'autres villes considérables dans l'Amérique du Nord et dans l'Amérique du Sud, et des trois ou quatre villes de France qui se sont préoccupées de ces questions.

Tous seront heureux, nous en sommes convaincus, d'apporter leurs conseils et les fruits des travaux et de l'expérience qui leur ont valu leui's magnifiques succès aux municipalités qui en auront besoin.

Us feront ainsi profiter leur Patrie d'avantages considé- rables qui, jusqu'ici, n'ont guère été compris et recherchés qu'à l'étranger.

Alors qu'en iVmérique, en Angleterre', en Allemagne, en Danemark, et ailleurs, il existait un enseignement public d'Urbanisme en dehors, ou plutôt à côté des études d'ar- chitecture et de génie civil, nous ne possédions rien de semblable. Cette lacune a été comblée cette année, et M. D.-Alf. Agache a professé à l'École libre des sciences sociales un cours fort intéressant et qui a été très suivi.

Nous le répétons, la cause peut être maintenant consi- àérée comme gagnée; mais les urbanistes ont un devoir considérable à remplir et un important service à rendre, en dirigeant de la manière la plus favorable l'élaboration

1. Cet enseignement est institué depuis quelques années à Liverpool sous le nom de Totin plannings et dans les Universités américaines, notam- ment à Harward, sous le nom de Laudscape et Cit) planning.

XVI PREFACE

des plans d'aménagement des villes et villages qui vont ressusciter dans notre cher pays.

L'essai qui est aujourd'hui pn'senté au public contri- buera certainement à mieux faire connaître et comprendre les principes de l'Urbanisme, qui a aidé jadis, et contri- buera dans l'avenir, à la gloire de la France.

Georges-Risler.

Paris, le 1" juin 1915,

COMMENT RECONSTRUIRE

NOS CITÉS DÉTRUITES

INTRODUCTION

NÉCESSITÉ DES PLANS D'ENSEMBLE

POUR L'AMÉNAGEMENT ET L'EXTENSION

DES AGGLOMÉRATIONS URBAINES ET RURALES

SOMMAIRE. Le souci de l'intérêt généraL Adaptation aux besoins modernes. Pourquoi l'araénageraent des villes laisse à désirer. Opportunité des plans d'ensemble. L'Urbanisme. Réponse à quelques objections.

La destruction systématique des villes et villages par un ennemi qui, ne pouvant nous terrasser, s'est efforcé de faire le plus de mal possible, apparaît, aujourd'hui que la solution est proche, comme un stimulant nouveau de notre énergie nationale.

Dès maintenant, et avant même que l'ennemi ait complète- ment évacué le territoire, les pouvoirs publics et l'initiative privée se préoccupent de la reconstruction, de la résurrection de ces vUles et de ces villages ; déjà des groupes d'études se forment, des rapports et des projets de lois sont élaborés pour rendre au plus tôt la vie à ces pays dévastés, recréer la pros- périté dont ils jouissaient avant la guerre, en relevant ce qui a été abattu, en réédifiant les agglomérations urbaines '.

1. Nous citerons notamment la Commission parlementaire des dépar- tements envahis qui, sous la présidence de M. Léon Bourgeois et avec le concours de M. Louis Marin comme rapporteur, centralise et cherche à faire aboutir toutes les initiatives dans cet ordre d'idées.

CITES DETRUITES.

1

a INTRODUCTION

, Les questions financières, crédit,

Le SOUCI de rinteret .• .• j ii^;, ^ i

, , , participation de 1 Ltat, les moyens

gênerai. '^ . ' - , i.

pratiques et rapides d exécution,

sont en voie d'étude; mais il semble que, dans la hâte bien naturelle de secourir les malheureux habitants pressés de reconstruire leur foyer, on n'ait pas envisagé avant toute chose les questions préalables : lois générales qui doivent régler la réédification des villes et des villages, et plans d'en- semble auxquels se rattacheraient les reconstructions publiques et privées.

La sauvegarde des intérêts particuliers a semblé primer le souci de leur coordination dans l'intérêt général. Est-ce à dire qu'on a l'intention de relever prématurément les ruines et de rétablir ces agglomérations dans l'état exact elles étaient avant la guerre, suivant les dispositions de hasard et avec tous les contresens qu'elles présentaient alors.** Ce serait une erreur inconcevable.

On peut assurer que pas un propriétaire ne fera reconstruire une maison identique à celle qu'il possédait auparavant. Il s'y était adapté tant bien que mal, tout en prévoyant des amélio- rations possibles qui rendraient sa vie plus confortable, son travail plus facile, mais il hésitait devant la dépense et les ennuis de la modification. Aujourd'hui, en présence de la destruction complète de son immeuble et de la nécessité de le réédifier, il n'acceptera pas délibérément les inconvénients dont il a souffert.

Il reconstruira sa nouvelle demeure conformément à ses besoins, à ses goûts, ou les bâtiments propres à l'exploitation de son commerce suivant les dispositions qu'il jugera les plus favo- rables . De son ancienne propriété , il conservera peut-être l'aspect familier, qui lui est cher, telle distribution qui lui plaisait, mais il saura éviter tout ce qui a été une gêne pour sa vie ou ses affaires.

Ce que chaque propriétaire fera pour sa demeure, la collec- tivité doit le faire pour chaque ville et pour chaque village.

De tous temps, les villes, comme Adaptation nécessaire in i •• .• . j^ > i .

*^ . 1 habitation, ont du s adapter aux

aux besoins modernes. .... , , . , \

conditions de la vie tiumaine qui,

dans son évolution, les transforme perpétuellement.

NECESSITE DES PLANS D ENSEMBLE Ô

A notre époque particulièrement, l'agglomération de plus en plus nombreuse dans les centres urbains, les exigences de l'hygiène, science nouvelle, mais qui, en peu de temps, a acquis des droits absolus, le développement de l'activité com- merciale et industrielle, la multiplicité des moyens de trans- port et leur vitesse toujours croissante, ont imposé la néces- sité de transformer les villes, de les adapter aux besoins nouveaux et de faciliter leurs relations. L'élargissement des voies anciennes, trop étroites pour la circulation moderne, et la création de nouvelles artères ; l'aménagement des squares, des jardins, pour donner à ces agglomérations trop denses des réserves d'air respirable; l'établissement de services d'égouts, d'évacuation des déchets et eaux usagées; l'alimentation en eau potable, l'installation des services d'éclairage, gaz, électri- cité, et bien d'autres transformations, ont été la conséquence de cet accroissement du bien-être et de l'activité.

Malheureusement, toutes ces Pourquoi l'aménazement , r .■

transtormations, si nécessaires au

des villes laisse a désirer. . ,,,..,

meilleur rendement de 1 activité

humaine, n'ont pu, pour de multiples raisons, être ni complè- tement ni partout réalisées avec toute la méthode et la pré- voyance désirables. On peut dire qu'il n'y a pas une de nos villes qui ne soit en retard sur les besoins de la vie moderne.

même oîi les plus grands efforts ont été faits, les réformes n'ont pu être appliquées que petit à petit et toujours de façon insuffisante.

A quoi tiennent ces lenteurs et ces imperfections ?

D'abord aux mêmes raisons qui ont empêché le propriétaire d'améliorer sa maison : les fortes dépenses que représentent les travaux, les difficultés rencontrées dans l'étude et l'exécu- tion, le trouble passager que jette dans la vie de la cité tout ce qui touche à la voie publique, l'esprit de conservation, la crainte de bouleverser un état de choses qu'on a toujours vu; enfin, l'ajournement à une date indéterminée d'une décision dont la réalisation ne s'impose pas à heure fixe.

Mais, à ces raisons qui dirigent individus et groupements, s'en ajoutent quelques autres qui sont particulières aux col- lectivités : l'intérêt privé qui s'oppose à l'intérêt général ou

4 INTRODUCTION

qui veut d'une gêne passagère tirer le plus grand profil; l'ignorance, l'imprévoyance ou l'indinérence des pouvoirs publics pour les questions qui n'intéressent que le bien général et dont souvent les habitants ne comprennent pas la nécessité, le manque d'initiative ou la crainte de prendre la responsabilité d'aussi grosses entreprises.

Aussi, dans la plupart des cas n'a-t-on rien ou presque rien fait, en dehors des grandes villes, pour adapter les agglomé- rations aux besoins actuels, malgré la peine qu'éprouve la vie moderne à s'y établir et à s'y mouvoir.

C'est partout et toujours regrettable, mais certains de ces arguments ont, en temps normal, une valeur indéniable.

Peut-on en dire autant, dans les circonstances présentes, pour les parties du territoire dévastées par lennemi? Une seule de ces raisons garde-t-elle encore devant les ruines une valeur quelconque? Certes non, puisque ici il ne s'agit plus de modifier, mais de recréer, l'état de choses antérieur ayant dis- paru en totalité ou en grande partie.

Toutes les considérations qui Opportunité des plans . . ,

,. ^, pouvaient s opposer temporaire-

d'ensemble. ^ i i ,

ment aux besoins de notre époque

tombent avec l'anéantissement complet ou partiel de ce qui semblait intangible, et ce serait faute grave de laisser passer cette occasion, si douloureuses que soient les circonstances qui l'ont amenée, de donner à ces malheureux pays non seu- lement la prospérité dont ils jouissaient avant la guerre, mais encore les moyens de développer plus vite et plus complè- tement leur activité, en les dotant en une fois de tous les avantages que les autres agglomérations ne peuvent acquérir que par une lente évolution.

Il ne sera ni plus difficile ni plus coûteux de préparer la reconstruction des villes, bourgs et villages, suivant les prin- cipes rationnels adaptés aux conditions de notre époque que suivant les tracés existant avant la guerre et qui ne correspon- dent que très imparfaitement à la vie actuelle.

Toute la question, dont l'importance et l'opportunité ne font pas de doute, se résume à imposer aux municipalités, dans leur propre intérêt :

NECESSITE DES PLANS D ENSEMBLE O

I. L' ohlifjation de prévoir les dispositions s'adaplant le mieux, dans chacun des cas, aux besoins généraux cl locaux;

II. L'interdiction de tout aménagement particulier qui ne rentrerait pas dans un plan d'ensemble établi judicieusement.

. , . Mais qu'est-ce qu'un plan établi

L Urbanisme. . ,. . ^ .^ /-.. > i i

judicieusement.'' L est le plan qui

satisfera le mieux aux nécessités communes à toutes les agglo- mérations, tout en satisfaisant aux conditions particulières à chaque cas. Si celles-ci dépendent des besoins locaux et des desiderata particuliers, celles-là au contraire dépendent de lois générales. L'ensemble constitue une doctrine que l'on est con- venu d'appeler : l'Urbanisme.

Le mot est nouveau : car si, de tout temps, les villes se sont transformées, si même, à certaines époques, on s'est préoccupé d'aménager des quartiers dans leur ensemble, on n'a jamais connu, autant que de nos jours, la nécessité de satisfaire avec méthode à un grand nombre de besoins collectifs, et, par suite, d'en tirer les lois qui doivent régir l'agglomération urbaine.

L'Urbanisme touche à toutes les questions qui intéressent les villes : circulation, hygiène, esthétique. L'Urbanisme est une science et un art. 11 exige de ses praticiens des connaissances précises et une compétence spéciale, mais ces qualités ne seraient pas suffisantes si elles n'étaient vivifiées par le talent et l'intuition.

L'ingénieur fournira des solutions logiques, l'architecte saura orner la ville de constructions nobles ou pittoresques ; mais il est réservé à l'Urbaniste de coordonner toutes ces râleurs dans une conception d'ensemble, en un mot de faire un beau plan.

r,. , , Nous n'Ignorons pas que cette

Réponse a quelques °. , ,.

objections. 8^"^^^ question des réformes ur-

baines a soulevé, dans le cas spé- cial des villes abîmées ou détruites par la guerre, certaines critiques.

On objecte, par exemple, que les études d'aménagements nouveaux et de plans d'ensemble vont retarder la reconstruc- tion des foyers détruits; qu'aux souffrances déjà subies par

b INTRODUCTION

tant de propriétaires, une contrainte pénible sera ajoutée. Le propriétaire n'a-t-il pas le droit de relever sa maison à la date qui lui conviendra, de la manière qui lui plaira, sur le sol qui lui appartient? Ne pourra-t-il pas considérer toute obligation venant du dehors comme une atteinte à sa liberté d'action? Ne pourra-t-il pas invoquer la législation actuelle contre toute restriction à son droit de propriété ?

Parmi ces arguments, ceux d'ordre sentimental seuls peuvent nous toucher dans les circonstances douloureuses que nous traversons, car il est pénible d'imposer encore une gêne à ceux que l'on voudrait aider au plus vite ; mais ces arguments doivent, comme les autres, disparaître devant l'intcrèt général, qui n'est que l'ensemble organisé d'intérêts particuliers bien compris.

Les propriétaires acceptent depuis longtemps que le bien public limite leur droit de propriété lorsqu'il s'agit de voirie, de salubrité, d'expropriation, d'alignement, etc. Il ne s'agit pour nous que d'ajouter quelques règlements à ceux déjà existants, non dans un désir de complication ou d'oppression, mais pour les étendre aux multiples besoins que les circons- tances présentes permettent de satisfaire.

D'ailleurs, les lois actuelles n'auraient besoin que d'être un peu élargies pour rendre obligatoires les mesures d'ordre général que nous proposons.

Ce que nous souhaitons pour les pays envahis ne dépasse pas l'effort qui devrait logiquement être exigé dans la France entière; la suppression, par les faits de guerre, de tous les obstacles qui s'élèvent en temps normal contre ces réformes, donne aux communes dévastées l'avantage de pouvoir les réaliser d'un coup, et, en relevant leurs ruines, de se con- former aux principes qui devraient régir toute agglomération.

Il y a encore une objection que nous devons prévoir; c'est la crainte que ces réformes ne tendent à faire disparaître le caractère local, à détruire le charme de nos villes et de nos villages.

Cette objection est fondée, en partie sur une fausse idée de l'esthétique urbaine, en partie sur une fausse interprétation de l'Urbanisme en général.

L'esthétique d'une ville, son caractère, son pittoresque,

NÉCESSITÉ DES PLANS D ENSEMBLE 7

ne tiennent pas à son incommodité et à son insalubrité. Ce n'est pas la saleté des rues, ce ne sont pas les habitations, qui font le charme d'un village ou la beauté d'une ville ; la séduc- tion, le caractère et le pittoresque de nos cités et de nos communes tiennent heureusement à d'autres causes : har- monieuses proportions, silhouettes pittoresques, heureux emploi des matériaux, etc.

Enfin, les réformes proposées ne touchent en rien à l'aspect extérieur ou intérieur des constructions ; elles ne contrarient ni ne contraignent la propriété individuelle; sauf pour les questions d'alignement et d'hygiène, elles laissent toute liberté aux propriétaires.

rSous souhaitons même que, par respect de la physionomie traditionnelle de nos villes et de nos villages, les édifices municipaux : mairies, écoles, hôtels des postes, etc., etc., soient conçus dans le caractère propre du pays, et qu'au besoin des primes soient instituées par des groupements locaux pour encourager les propriétaires et les architectes à établir leurs constructions en harmonie avec le pays, afin de con- server à chaque région sa couleur locale.

Ces principes d'Urbanisme qui s'appliquent à l'hygiène, à la circulation, à l'esthétique, ont fait l'objet d'études appro- fondies et multiples en France et à l'étranger.

Malheureusement le public n'a guère été mis au courant de ces travaux qui ont été le plus souvent présentés sous une forme particulièrement savante.

Quelques membres de la Société Française des Architectes Urbanistes ont pensé qu'il y avait lieu, de présenter sous une forme simple, accessible à tous, l'ensemble des points qui intéressent immédiatement la reconstruction, le développement et l'avenir de nos agglomérations urbaines, étant donné que ces questions auront à être connues d'un grand nombre de municipalités, sociétés ou personnes peu habituées à les traiter.

C'est donc à dessein que les pages qui suivent ont abordé le problème dans sa généralité, sériant néanmoins les questions d'après un ordre logique, exposant les notions élémentaires de l'Urbanisme avant d'en étudier l'application aux divers cas plus ou moins compliqués, plus ou moins urgents, mais sans

8 INTRODUCTION

traiter techniquement les détails de tout ordre que soulève semblable étude.

Nous examinerons donc rapidement, dans ces quelques pages, la façon d'établir en un programme judicieux, les prin- cipes directeurs de l'étude des projets et les moyens de réali- sation pour l'aménagement des villes en général; puis l'appli- cation particulière aux agglomérations dévastées par la guerre, villes, bourgs et villages, en indiquant les modes de réalisation effective et la législation qui s'y rapporte.

BIBLIOGRAPHIE

Les ouvrages de langue française louchant l'aménagement des villes ont été jusqu'ici assez rares. Aussi nous faisons-nous un plaisir de signaler les volumes ou articles déjà parus: Publication de la préfecture de la 5eine (Com- mission d'extension de Paris, i vol.1. Bulletin de la Chambre de Commerce de A'ancr (Numéro spécial, août igiS, à propos de l'exposition de la Cité Moderne). André Lebey, Sur la route sociale, t. II. Daniel Bellet et %Vill Darvillé, Ce que doit être la Cité Moderne. Gustave Kahn, L'Esthé- tique de la rue. Emile Magne, V Esthétique des Villes. Comment les villes se sont formées ^^Revue générale de l'arcliitecture, i854). L. Lauck, Hygiène générale des ailles (Gazette des Architectes et du Bâtiment, 1878).

A. Mathieu, Projet d'une capitale modèle (1881). E. Trélat, Contri- bution de l'architecte à la salubrité des maisons et des villes. J. Arnould, Hygiène urbaine (Encyclopédie d'hygiène. 1891). Ch. Barde, Salubrité des habitations et hygiène des villes. Ch. Buis, Esthétique des villes, 1898; La construction des villes, 1896. Slûbben, Principes à suivre pour la création de quartiers nouveaux (Œuvre de l'Art public, i'^'' Congrès inter- national). — D. Spataro. Orientation et largeur des rues en rapport avec l'insolation des habitations (Revue d'Hygiène, 1897). J. Guadet. Eléments et théorie del'architecture {TomeW, chap. 3]. Lenôtre. Le Vieux Paris.

Ménard, Les transformations de Paris. F. -G. Dumas, Paris, ses vues, places, monuments, etc. (1889). Ch. Lortach, La beauté de Paris et la loi.

G. Hottenger, JVancy et la question du plan d'extension des villes. Eug. Hénard, Éludes sur les transformations de Paris (alignements, circu- lation, espaces libres, places publiques, etc.). G. Benoit-Lévy, La Cilé- jardin (1904). J.-C.-N. Forestier, Grandes villes et systèmes de parcs.

Roger Peyre, Coup d'oeil sur l'origine des villes (Revue des Études historiques, igiS). R. Maunies, Vorigine et la fonction économique des villes. E. Hebrard et H. C. ,\^ndersen : Un Centre mondial. R.de Souza, Nice capitale d'hiver. Raoul de Clermont, De la protection des monuments du Passé, des paysages et des sites ^rapport de l'association littéraire et artistique internationale). Léon Rosenthal, La résurrection des villes (suite d'articles publiés dans Vllumanité, igiS). Nombreux articles publiés dans la Revue de l'art public (Bruxelles).

PREMIERE PARTIE

L'AMÉNAGEMENT ET L'EXTENSION DES VILLES DE FRANGE

Les études d'aménagement, de systématisa- tion et d'extension, en ce qui concerne les agglomérations urbaines, se présentent sous la forme de problèmes extrêmement complexes, problèmes techniques avant tout, mais aussi problèmes économiques et sociaux qui exigent de ceux qui ont à les résoudre des connais- sances variées et des compétences spéciales.

Avant d'établir ces plans, un ensemble d'opérations préliminaires s'impose : il con- vient de faire des enquêtes, de réunir des docu- ments, d'établir un programme.

Alors seulement commencera l'étude d'un ou de plusieurs avant-projets aboutissant à la mise au point du projet définitif, établi d'après les règles générales de l'Urbanisme et les données particulières du programme, et cor- roboré par un règlement fixant la police des constructions. Un rapport pourra y être joint qui précisera les conditions de réalisation.

L'aménagement et l'extension des villes exigent donc, comme on voit, un travail très complet et ordonné qui doit se faire par étapes.

Ils demandent en outre l'organisation de services d'urbanisation, comportant des élé- ments administratifs et techniques corres- pondant aux services administratifs actuels.

CHAPITRE I

LE PROGRAMME PRÉPARATION ET RÉDACTION

SOMMAIRE. Nécessité d'un programme complet. Les docu- ments à recueillir. Le programme indispensable. Ses grandes lignes. Par qui le faire établir. Documents complémen- taires. — Pièces exigées de l'auteur du projet.

Nous croyons avoir établi dans l'Introduction la nécessité absolue d'aménager les villes pour le présent et pour l'avenir suivant des plans d'ensemble.

Mais ces plans de villes, comme ceux de toute construction, doivent répondre à deux sortes de considérations : celles qui résultent des règles générales de l'art de bâtir et celles qui dépendent des desiderata du propriétaire (particulier ou muni- cipalité).

Lart de bâtir exige de l'architecte urbaniste, outre les qualités de l'artiste , des compétences d'ordre général et d'ordre technique. Mais, qu'il s'agisse d'établir les plans d'un édifice ou ceux d'une ville, l'architecte ne peut exercer son savoir que s'il comprend clairement et distinctement ce que le propriétaire désire.

L'ensemble de ces desiderata, qui sont particuliers à chaque cas, devra par conséquent donner lieu à un « programme » dans lequel toutes les questions intéressant le futur plan seront envisagées et mises au point avec ordre et méthode.

En fait, le programme doit exposer clairement les données

12 l'aménagement et l'extension des tilles de FRANCE

du problème, dont la ou les solutions seront fournies par le technicien.

Ce programme sera naturellement établi en parfaite con- naissance de cause. Il sera préparé par l'étude approfondie de toutes les questions qu'il doit comprendre, d'où nécessité d'une documentation et. par conséquent, recherches et enquêtes.

Examinons donc ces différentes étapes, dans leur succes- sion logique.

Les principales questions que Documents à recueillir. , ' r : -,

le programme aura a traiter concer- nent le passé de l'agglomération, ses conditions géographiques, économiques et sociales, son état actuel et son avenir probable.

Ces questions impliquent un ensemble de renseignements et documents à recueillir que nous résumons dans l'ordre suivant :

Documents concernant la région et la ville au point de vue de la géographie pliysique (topographie, géologie, orogra- phie et hydrographie, climatologie, etc.).

L'Evolution du plan de la ville au cours des âges.

Conditions générales d'hygiène ; densité et accroisse- ment de la population ; statistique sanitaire des différents quartiers; quartiers insalubres.

Caractères dominants de la ville au point de vue écono- mique et social, renseignements démographiques, etc.

5" Relevé très exact du plan de la ville et de ses environs (avec, s'ils existent, les aménagements du sous-sol, service d'égouts, drainage, etc.).

Valeur des terrains et des immeubles ; valeur locative dans les différentes parties de la ville.

Ressources du pays au point de vue des matériaux et de la main-d'œuvre.

8" Eléments de trafic; courants de circulation; moyens de communication et transports en commun; services publics.

Etude des nouveaux besoins. Prévisions pour le dévelop- pement futur de la ville.

Nota. Dans le cas d'une ville détruite ou abîmée, une enquête sera faite sur le degré de destruction et un relevé aussi détaillé que possible sera établi.

LE PROGRAMME l3

Quel que soit le travail d'urba- Le programme .• ^ . i i -

. . . , nisation a entreprendre, la neces-

indispensable. . , ,. . . , . ,

sue s impose, après avoir réuni les

documents, d'établir un programme qui posera et coordonnera

nettement les données du problème en s'inspirant, dans la

mesure qui convient, de l'acquis du passé, des revendications

du présent et des prévisions de l'avenir (éléments fournis par

les enquêtes).

Ce programme, même s'il s'agit d'aménagements partiels,

devra comporter des vues générales et rattacher les travaux

de détail à un plan d'ensemble qui prévoira, dans ses grandes

lignes tout au moins, les développements successifs de chaque

quartier ou de la ville.

Ce programme fera naturelle- Les grandes lignes . r l- * r -. j - i

ment 1 obiet d une étude spéciale du programme. •' . ,. ^

pour chaque cas particulier, mais

on peut résumer ainsi les diverses questions qu'il traite :

Causes déterminantes du développement effectif de la ville (création d'un port, ouverture d'une ligne de trafic, naissance d'une industrie nouvelle, suppression des fortifications, etc.).

Eléments de l'ancienne ville à conserver; services publics à déplacer.

3" Indications générales sur les besoins de la ville, les caractères des quartiers à créer; le trafic, la circulation et l'assainissement.

Indications de la superficie à couvrir et du nombre d'habitants à prévoir dans la nouvelle extension.

Indication des moyens de transport en commun dont la création est désirable ou probable.

6" Enumération des édifices publics dont la création est opportune, des espaces libres, plantations, terrains de sports, de jeux, etc., dont l'installation est indispensable.

Aménagements à prévoir au sous-sol des voies.

_, . , Il va de soi que le programme

Par qui faire etabhr , . » , ,., , '^. ,

doit être étudie par les interesses, ce programme. , , ^ . .

en 1 espèce par la municipahfé qm

aura à fournir les plans d'aménagement et d'extension. Etant

l/i l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

donné la multiplicité et la diversité des questions à traiter, cette municipalité devra former une commission d'étude comprenant d'une part toutes les personnalités connaissant bien le caractère social et les besoins économiques de la ville et qui ont motif de s'intéresser à son développement', et d'autre part les diverses compétences spéciales capables d'ap- porter à chaque question technique la précision nécessaire. Si la municipalité ne trouve pas dans son sein ces compé- tences, elle devra s'adresser au département ou au gouverne- ment suivant une organisation qui sera proposée plus loin.

Enfin cette commission d'étude devra surtout s'adjoindre un spécialiste, ingénieur ou architecte averti des questions d'Urbanisme : car, en insistant sur l'importance d'un pro- gramme soigneusement établi, il convient de dire que la valeur des solutions apportées au problème dépendra en grande partie des données fournies, de la coordination des diverses questions et de la relativité de leur importance.

Il est même à souhaiter que ce spécialiste soit rapporteur de la commission, car il semble tout designé par sa compétence générale sur les questions d'Urbanisme pour rédiger un pro- gramme clair, ordonné et complet, s'adressant à d'autres spé- cialistes qui auront à l'interpréter. C'est donc lui qui devra donner à ce programme sa forme définitive et désigner, sur avis des autres techniciens consultés, les documents qui devront le compléter.

En effet, un programme serait

Documents j- .• ec .

une indication msuiiisante pour

complémentaires. , . ,,. , ,. -i . .

celui qui 1 interprétera, s il n est

complété par un certain nombre de documents indispen- sables.

Ces documents sont de deux sortes : ceux dont un exem-

I. Nous proposons de faire entrer dans ces commissions, en dehors des représentants indispensables des pouvoirs publics, les personnalités appar- tenant aux groupements d'intérêt local tels que : syndicats d'initiative, associations industrielles ou commerciales, sociétés régionales d'archéo- logues, d'architectes ou d'ingénieurs, et d'y adjoindre les quelques per- sonnes qui, par leurs travaux, ont fait preuve de compétence ou ont témoigné leur intérêt à la ville et à la région.

LE PROGRAMME l5

plaire peut être joint au programme lui-même et ceux qu'il est matériellement impossible de reproduire et qui seront à consulter aux archives .

Les pièces principales à joindre au programme sont :

Un plan d'ensemble de l'agglomération et des abords avec cotes de niveau.

Un plan d'ensemble de l'aménagement du sous-sol.

Plusieurs plans parcellaires et profils, s'il est besoin, des points principaux.

Des vues générales et de détail (photographies).

Les pièces qui resteront aux archives, à la disposition des intéressés, sont toutes celles fournies par les enquêtes (monu- ments historiques, cadastres, évaluation détaillée, rapports fournis à la commission) et dont l'adjonction au programme est impossible.

„., . , Enfin le programme devra indi-

Pieces exigées de ^ , . . , .,

, , . ^ quer avec précision les pièces qui

1 auteur du projet. ^ , „^ . ,,^ ^,

seront à fournir par 1 auteur du

projet pour la compréhension parfaite de son œuvre, princi- palement :

A. Un plan d'ensemble au i/5ooo° comprenant, à la fois, l'extension générale des transformations et les aména- gements.

B. Un plan d'ensemble de l'aménagement du sous-soL

C. Un plan d'ensemble du « système » de parcs.

D. Un plan d'ensemble des transports en commun.

E. Des détails à i /a ooo°, à i/i 000' et à i /Soc" relatifs au plan d'extension (places, croisements, édifices principaux, etc., en plans, coupes et élévations).

F. Un rapport descriptif.

G. Un règlement concernant la police des constructions et spécifiant la nature des immeubles tolérés dans les diÊTérents quartiers.

H. Si nécessaire, des évaluations sur les opérations pré- vues.

D'autres pièces devront nécessairement, suivant les cas, compléter le projet : profils généraux et partiels, lorsqu'il s'agit de terrains accidentés ; plan d'ensemble de la ville et des

I b L A.MENAGESIENT ET L EXTENSION DES VILLES DE FRANCE

communes avoisinantes, lorsque de nouvelles relations sont établies entre elles, l'échelle du dessin n'est donnée qu'à titre indicatif. En général, il est bon que l'échelle demandée pour les plans principaux soit celle des documents précis graphiques qui accompagnent le programme.

CHAPITRE II

PRINCIPES DIRECTEURS POUR SERVIR A L'ÉTUDE ET A LA CONFECTION DES PROJETS

SOMMAIRE. Méthode de IravaiL Considérations d'ordre général. Distribution et Circulation : les quartiers, les voies, les trans- ports en commun, les édifices, les espaces libres. i" Hygiène et Salubrité : l'hygiène des voies, les services publics en surface et en sous-sol, rapports des parties bâties et non bâties, l'hygiène de l'habitation. Esthétique et Agrément : les édifices anciens et modernes, les constructions courantes, les voies, les ressources de la nature, les plantations, les eaux, les accessoires de la voirie. 4" Les liégleitients Edilitaircs.

Après avoir exposé la nécessité des enquêtes préalables et l'établissement d'un programme qui fixe les conditions et les données du problème pour chaque cas particulier, examinons comment le traceur de villes étudiera le plan en vue des meilleures solutions à fournir.

La méthode de travail consiste dans l'étude des divers élé- ments qui entrent dans la composition d'une ville, pour établir leurs rapports et leur coordination au mieux des intérêts écono- miques et sociaux.

Ces éléments peuvent se résumer en :

Quartiers ;

Voies et trafic ;

Édifices publics et privés ;

Espaces libres et plantations.

Mais chacun de ces éléments doit répondre à de multiples

CITES DETRUITES.

l8 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

besoins et est régi par de nombreuses nécessités, qui imposent à l'urbaniste, avant même les conditions particulières du pro- gramme, des règles d'ordre général.

Ces règles dérivent de considérations logiques qui sont à la base de toute étude d'Urbanisme et qui s appliquent à toutes les agglomérations. En effet, quels que soient son programme et sa situation, toute ville doit être bien distribuée et pratique pour la circulation, salubre par ses services publics et dans ses constructions, agréable à parcourir et à habiter.

Ce n'est qu'en satisfaisant à la fois à ces trois ordres de considérations que l'œuvre urbaine sera complète.

Aussi allons-nous examiner successivement les éléments de la composition sous les trois titres :

Distribution et circulation ;

Hygiène et salubrité ;

Esthétique et agrément.

DISTRIBUTION ET CIRCULATION

Nous allons suivre dans ce rapide exposé les différentes phases que l'urbaniste, devant le travail d'aménagement ou de créa- tion d'une ville, aurait à suivre lui-même.

Il devra d'abord choisir la place de chaque quartier, en le disposant, comme situation et comme surface, suivant les données existantes et les vues anticipées du développement à venir.

Puis il étudiera les voies, principales et secondaires qui assureront la circulation convenable pour l'ensemble de la ville et pour chaque quartier; il disposera, suivant les quartiers et les voies, les édifices dont il aura à prévoir l'emplacement en tenant compte du rôle particulier de chacun d'eux ; enfin il aménagera les jardins et les parcs soit dans la ville, soit sur la périphérie, il aura réservé les emplacements nécessaires aux endroits les plus propices.

11 obtiendra ainsi le schéma général de la ville future.

La première préoccupation de

l'urbaniste sera la distribution des

quartiers ou zones. A toute époque, on a constaté, en effet.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS If)

que les quartiers ont une tendance à se spécialiser (quartiers d'habitation, quartiers commerciaux, quartiers industriels). Dans une ville dont l'aménagement ou dont l'extension est projetée, il y a intérêt à reconnaître dans quel sens évoluent les différents quartiers avant d'entreprendre des tracés de voies nouvelles susceptibles de mettre ceux-ci plus ou moins en valeur.

L'urbaniste devra donc avoir pour préoccupation première de différencier les quartiers dont le caractère s'est affirmé dans le passé et qui se maintiennent dans le présent, de ceux qui ne répondent pas ou qui ne répondent plus aux besoins actuels. Il se peut, et le cas est fréquent, qu'un nouveau quartier industriel, à la suite d'un sinistre qui détruit les conditions que 1 habitude avait rendues supportables, ou à la suite de l'établissement d'une nouvelle gare marchande, par exemple, puisse être avantageusement établi ailleurs; il se peut égale- ment que, par suite d'un agrandissement d'un port ou de la suppression des fortifications, il faille envisager un élargisse- ment ou un déplacement de certains quartiers commerciaux ; l'aménagement nouveau des terrains au centre de la ville peut obliger à la transformation de quartiers ouvriers en quartiers bourgeois ou de quartiers bourgeois en quartiers commer- ciaux '

Il convient donc d'examiner dans leur ensemble ces dispo- sitions de quartiers, car de leur répartition plus ou moins ingénieuse dépendra en grande partie l'avenir de toute la ville.

Les quartiers industriels seraient logiquement à prévoir à proximité des gares de marchandises ou des voies fluviales permettant l'apport et le transport direct des matériaux sans transbordement inutile. Mais d'autres considérations sont à envisager dans le choix de l'emplacement, entre autres la pré- servation de la ville contre les fumées d'usines, véritable danger pour la santé publique et pour la propreté. Lempla-

I. Les exemples de ces transformations de quartiers sont fréquents dans les grandes villes. A Paris, le quartier du Marais, autrefois de grande habitation, est devenu uniquement commercial; le quartier de la Bourse et les grands boulevards ont également perdu leur caractère bourgeois et sont devenus quartiers de banque et de commerce; les Cliamps-Élysées eux-mêmes perdent leur caractère aristocratique et attirent de plus en plus le commerce de luxe.

20 L AMENAGEMENT ET L EXTENSION DES VILLES DE FRANCE

cernent dépendra donc du régime des vents dominants, pour que les fumées ne soient pas rabattues, mais entraînées hors de l'agglomération.

Et si les conditions climatériques, d'une part, et les questions de transport, d'autre part, ne s'accordent pas pour déterminer l'emplacement à clioisir, ce sont les conditions climatériques qui doivent être satisfaites de préférence. Car le régime habi- tuel des vents est immuable, tandis qu'il est toujours possible de raccorder les voies ferrées, même à grande distance, avec le centre usinier.

Nous verrons toutefois, en étudiant la question d'hygiène urbaine, que ces considérations sur les quartiers d'usines ne doivent pas créer une prohibition absolue pour toute installa- tion industrielle dans la ville même ou en un endroit quel- conque de la périphérie, mais que ces installations ne doivent être tolérées que sous certaines conditions.

Quartiers ouvriers. Ces quartiers doivent être en rapport immédiat avec les quartiers industriels, et autant que possible dans une direction, par rapport à ceux-ci, autre que celle de la ville. C'est, en effet, en s'éloignant de l'agglomération qu'on a chance de trouver les terrains peu coûteuv qui permettront d'étabhr les jardins-ouvriers, les habitations à bon marché saines et aérées, enfin de donner à cette population travailleuse le maximum de confort et d'hygiène. Ces quartiers doivent avoir leur vie propre et comporter, en dehors de l'habitation, tout ce qui est nécessaire à la société : magasins, marchés, écoles, bibliothèques, etc.

Etant donnée l'extension toujours croissante des centres industriels, la surface à réserver aux quartiers ouvriers, comn^e pour les quartiers industriels, du reste, doit être prévue très largement.

La situation préconisée en dehors de l'agglomération favo- rise du reste cette extension future.

La création, que nous souhaitons de plus en plus fréquente, d'ensembles composés comprenant des cités-jardins permet- tant au plus grand nombre possible d'ouvriers de devenir pro- priétaires des espaces libres, des terrains de jeux qui seront bientôt reconnus nécessaires pour les ouvriers comme pour

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 21

les autres habitants, oblige à prévoir des surfaces considé- rables que la ville devra se réserver avant toute opération.

Quarliers commerciaux. En debors du petit commerce, qui, s'adressant à la clientèle la plus proche, s'infiltre dans tous les quartiers industriels ou d'habitation, on remarque que le commerce d'une certaine importance tient en général le centre de la ville. C'est lui, en effet, qui est le noyau de la vie urbaine, c'est vers lui que convergent l'industrie qui l'alimente et la population qui en vit. Dans toutes les grandes villes, il a pris la place des anciens quartiers d'habitation et ceux-ci se sont reportés peu à peu sur des zones plus excentriques.

Il convient, du reste, de distinguer entre le commerce en gros et le commerce de détail.

Le premier s'adresse particulièrement à une clientèle attitrée de marchands qui n'a pas besoin d'être séduite par l'installa- tion et ne cherche qu'à trouver ce qui lui convient. Ce com- merce peut donc s'installer dans les vieux quartiers devenus impropres à l'habitation il peut trouver, à des conditions de prix abordables et de commodité suffisante, de vastes locaux dans les vieux immeubles facilement transformables en magasins et en bureaux de jour, sans grand inconvénient pour l'hygiène, puisque le séjour y est quotidiennement limité pour le personnel (9 heures en moyenne sur ai).

Le commerce de détail, et surtout le commerce de luxe ou d'objets d'usage courant, exige d'autres conditions. Il a besoin d'une clientèle beaucoup plus nombreuse et cherche même à attirer la clientèle passagère, par le confort et un attrait par- ticulier qui peut aller jusqu'au grand luxe. Ce commerce s'installera donc de préférence dans les quartiers très acces- sibles, très passagers, sur des voies oîi la foule pourra circuler et s'arrêter, dans les immeubles de bonne apparence ofi bou- tiques et réclames pourront s'étaler '.

Quarliers d'habitation. Les lois qui régissent l'évolution des zones d'habitation sont très complexes et dépendent

1. Les quartiers de l'Opéra et de la Madeleine, à Paris, qui ont été construits en vue de l'habilation, tendent de plus en plus à être exploités uniquement par le commerce, non seulement dans les rez-de-chaussée, mais dans la totalité des immeubles.

22 L AMENAGEMENT ET L EXTENSION DES VILLES DE FRANCE

autant des conditions géographiques et climatériques du pays que des condilions sociales. Il est évident que, dans toute agglomération, l'habitation s'infiltre toujours plus ou moins dans tous les quartiers et qu'elle se mêle intimement aux zones commerciales et industrielles.

Mais, comme nous l'avons vu, le commerce grandissant gagne tous les immeubles du centre et les habitants vont cher- cher plus loin leur logement. Ils exigent alors, en compensa- tion de cet éloignement, plus de confort, plus d'air et de lumière : aussi voit-on se développer des quartiers neufs d'habitation dans les zones excentriques le terrain, moins coûteux, permet d'établir au même prix des logements mieux conditionnés.

On reconnaît dans chaque ville un courant qui étire la zone des habitations vers la périphérie, dans telle ou telle direction.

Souvent plusieurs extensions, répondant aux tendances de diverses classes sociales, se développent simultanément dans des directions différentes.

Les causes déterminantes de ces directions sont multiples et dépendent des conditions particulières à chaque ville. Mais, si diffuse qu'elles soient, on peut déterminer quelques-unes de ces causes et en tirer parti pour une étude d'Urbanisme.

On a remarqué, notamment, que l'évolution naturelle des zones d'habitation, indépendamment de toute cause spéciale, a lieu dans le sens opposé à la direction habituelle des vents, ce qui évite aux habitations nouvelles les impuretés dont se charge l'air en passant sur la ville. Lorsqu'une ville est établie sur la pente d'une colline, elle tend à se développer vers le sommet; si elle est bordée par un cours d'eau, elle s'allonge sur la rive.

On peut dire que, d'une façon générale, les villes se déve- loppent du côté leur arrivent voyageurs et marchandises (voies ferrées, routes ou voies fluviales).

Un cas fréquent est celui des villes desservies par une voie ferrée établie à quelque distance ; la zone comprise entre la gare des voyageurs et la ville devient bientôt un quartier d'habita- tion ; il en est de même lorsque la ville possède à proximité un point naturel d'attraction, bois, parc acheté pour être rendu public.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 30

En principe, on peut établir qu'un terrain en pente ou acci- denté, peu propice à un quartier industriel ou commercial, se prêtera bien à un quartier d'habitation ou de résidence, et que la proximité d'un site agréable sera l'indication d'un emplace- ment convenant à ce genre de quartier. En dehors de ces données géographiques, le régime des vents devra servir d'indi- cation.

Mais, nous le répétons, nous ne pouvons donner sur ce sujet que des aperçus succincts, en raison des conditions parti- culières qui sont propres à chaque cas et qui échappent à une généralisation.

Quartiers de caractères spéciaux. Enfin nous ne citerons que pour mémoire les quartiers ayant un caractère spécial : quartiers militaires, quartiers maritimes, quartiers religieux, quartiers universitaires, qui, suivant leur destination, doivent être situés les uns dans l'agglomération, les autres sur la péri- phérie, et dont l'importance va quelquefois jusqu'à donner aux villes leur caractère dominant.

Les communications entre les Les voies. ,. i , -n i

diverses parties de la ville, la cir- culation dans chacun de ces quartiers, sont assurées par un réseau de voies dont l'étude a la plus grande importance, car l'activité économique et sociale dépend pour beaucoup du trafic urbain et des facilités plus ou moins grandes qu'il trouve à s'exercer, et le tracé des voies doit rendre les communica- tions pratiques, rapides et agréables, aussi bien pour les pié- tons que pour les nombreux moyens de transport dont peut disposer la population. Beaucoup de ces communications doivent même s'étendre au delà de la ville et relier le centre urbain aux communes avoisinantes.

La largeur et la disposition des voies : boulevards, avenues ou rues, dépendra donc essentiellement de leur rôle écono- mique et social.

A ce point de vue, qui se déduit logiquement de l'étude des quartiers, on peut classer les voies en :

Voies de grand trafic;

Voies commerciales;

2^ l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

Voies de promenade ; Voies d'iiabitation.

Les voies de grand Irajlc, destinées à relier les quartiers entre eux, assurent la grande circulation des zones extérieures vers le centre et les communications entre quartiers d'une môme zone. Elles seront donc ou des voies de pénétration reliant un certain nombre de points extérieurs de la ville avec les points principaux du centre, ou des voies circulaires for- mant une ou plusieurs ceintures plus ou moins concentriques autour du noyau urbain.

Toutes ces voies sont appelées à recevoir un grand mouve- ment de circulation ; ce sont les artères principales de la ville. Les voies pénétrantes ou radiales, particulièrement, sont en général soumises à un trafic considérable, surtout si la ville comporte des extensions qui attirent une grande partie de la population sur les zones périphériques. Ces voies se raccordent plus ou moins directement au centre de la ville et forment ainsi les grandes traversées de la vUle, que prolongent, en dehors de l'agglomération, les routes nationales ou départe- mentales. Le trafic comprend donc non seulement le mouve- ment de la population urbaine, mais ses relations interurbaines ou rurales.

La largeur et la disposition de ces voies doivent être en rapport avec l'importance de leurs fonctions.

Elles devront être rectilignes, pour faciliter une circulation intense et aussi rapide que possible, et avoir une largeur suffisante pour comporter des trottoirs spacieux et une chaussée permettant deux courants au moins de circulation roulante dans chaque sens, l'un pour la circulation lente (poids lourds, charrois), l'autre pour la circulation rapide (voitures légères, automobiles).

Enfin une ligne de tramways devra presque toujours trouver place sur la chaussée.

La disposition de ces divers éléments peut prêter à deux compositions différentes : l'une centralisant la circulation roulante en une seule chaussée, avec trottoirs en bordure des maisons; l'autre divisant la chaussée par un trottoir axial.

Dans le premier système, la chaussée devra comporter, sui-

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 20

vant les cas, deux, trois ou quatre pistes séparées par des refuges : deux pistes pour la circulation montante et la circu- lation descendante, y compris les transports en commun; trois pistes, dont l'une centrale spéciale pour les tram^vays; quatre pistes, comme à l'avenue des Champs-Elysées à Paris, pour la division des circulations lentes ou rapides dans chaque sens. Ces trottoirs doivent être très larges, et les refuges assez nombreux pour permettre une traversée facile de la voie et assez visibles pour ne pas amener d'accident de voilures.

Le second système comporte deux trottoirs latéraux, deux voles, l'une montante et l'autre descendante (assez larges pour assurer les circulations lente et rapide et celle des tram- ways), et un trottoir ou allée de piétons centrale; cette dispo- sition est très pratique pour les voies de grand trafic peu tra- versées par des voies transversales. Mais lorsque ces croise- ments sont rapprochés, le trottoir central, constamment recoupé, est peu pratique pour les piétons et devient une gène pour la circulation des voitures.

Ces dispositions peuvent être encore insuffisantes, si la circulation est très intense. Le grand boulevard reliant Lille à Roubaix et Tourcoing, qui peut être considéré comme une voie urbaine, comporte trois chaussées, l'une centrale pour la circulation rapide dans les deux sens, les deux autres latérales pour la circulation lente dans chaque sens.

Ces trois voies sont séparées par des allées plantées, bordées de trottoirs, l'une réservée aux cavaliers et bicyclettes, l'autre aux tramways dans les deux sens; enfin des trottoirs sont aménagés en bordure des immeubles. Cette très ample dispo- sition, occupant une largeur totale de 5o mètres, est excel- lente pour diviser les courants divers de circulation; elle pourrait être adoptée, dans d'autres cas, avec une largeur un peu moindre, mais qui ne peut être inférieure à 35 mètres'.

Les voies circulaires relient à la fois les quartiers d'une même zone par rapport au centre, et les artères de pénétra- tion, dont elles répartissent le trafic.

Elles doivent donc être prévues également avec de larges dimensions. Dans les villes d'origine ancienne, elles marquent

I. Pour fixer les idées sur les lareeurs convenables des grandes voies

26 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

souvent les phases successives du développement urbain, en empruntant le tracé des limites de la cité à ses différentes époques. Par suite de l'accroissement de la ville, ces ceintures les plus proches du centre, régularisées dans leur parcours, sont devenues les grandes voies de raccordement des diverses artères de pénétration : c'est ainsi qu'à Paris, les grands boulevards et le boulevard Saint-Germain ne comptent plus comme boulevards circulaires, mais comme raccordement des voies rayonnantes.

Ces voies de grand trafic, rayonnantes ou circulaires, doivent éviter, dans leur parcours, des pentes qui rendraient le trafic pénible et créeraient des encombrements par un ralen- tissement de la circulation sur certains points. Une pente de 3 p. loo est un maximum qui ne doit {".s être dépassé, si ce n'est sur un parcours très court et lor^ a'il n'y aura aucune possibilité de l'éviter.

La largeur de ces grandes voies permet généralement de les planter d'arbres, mais ces plantations ne doivent jamais être une gêne pour la circulation, non plus que pour les immeubles en bordure : pour cela, ils ne doivent pas être plantés à une distance moindre que 5 mètres de l'alignement des maisons et leur écartement doit être de 6 à lo mètres. Pour les voies très parcourues, et en raison des autres accessoires qui les encombrent toujours plus ou moins, il est préférable d'écarter le plus possible les arbres et de les obliger, par une taille bien comprise, à sétendie les uns vers les autres.

de pénétration, nous donnons ci-dessous les dimensions de quelques-unes d'entre elles à Paris :

Largeur.

Avenue de la Grande-Armée 70 mètres

de Villiers 3o

Boulevard Malesherbes 84

Avenue de Clichy 22

Boulevard Barbés 3o

Rue de la Chapelle ï5

Rue Lafayette 20

Boulevard Jean-Jaurès 3i

Saint-Antoine 3o

Avenue d'Italie 39

d'Orléans 34

de Versailles a6

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 27

Plus ces voies s'approchent du noyau urbain, plus elles sont accaparées par le commerce de détail et par sa clientèle. Mais ce commerce, n'y trouvant pas une place suffisante et ne voulant pas s'écarter du centre, qui lui convient, s'étend sur toutes les rues avoisinantes qui doivent à leur tour s'accom- moder aux exigences impérieuses de leur emploi.

Les voies commerciales devront être bien raccordées avec les dégagements principaux. Mais leur largeur doit être disposée d'une façon très différente des artères principales. La chaussée assurera naturellement les courants de circulation, mais les trottoirs occuperont une largeur relativement bien plus grande que dans les autres voies, car la circulation des piétons y est très intense; le trottoir, de plus, peut comporter des étalages, dont l'emprise sur la voie publique est limitée par des règle- ments spéciaux. Les cafés et restaurants, qui sont générale- ment nombreux dans le quartier des affaires, y étaleront leurs « terrasses ». C'est ainsi, du moins, dans la plupart des très grandes villes. Dans d'autres villes, au contraire, les devan- tures des magasins existent à peine et les cafés sont groupés dans d'autres voies. Les trottoirs, dans ce cas, devront différer d'une voie à l'autre.

D'une façon générale, il est bon pour le commerce que la circulation des piétons ne soit pas gênée par l'arrêt momen- tanée des promeneurs devant la boutique dont l'étalage est pour eux une attraction.

Il est préférable également que les voies commerciales ne soient pas trop larges, car le passant doit voir facilement les boutiques situées de l'autre côté, et ne pas hésiter à traverser la rue pour s'en approcher. On a souvent prétendu que les ave- nues larges, plantées d'arbres qui forment écran pour la vue des magasins, sont moins favorables au commerce. Mais ces observations fréquentes ne peuvent être généralisées, et, dans cet ordre d'idées, les habitudes locales sont prépondérantes.

Remarquons toutefois que, dans de nombreuses villes de province, les voies les plus commerçantes sont souvent des rues assez étroites, mais très passagères, à proximité de larges avenues ou places. Le nivellement a, pour les voies commerciales, la plus grande importance, car la pente de la

28 l'aménagement et l extension des villes de fr,\nce

rue, sitôt qu'elle est sensible à la marche, est nuisible au commerce.

Les voles de promenade sont celles qui, sans répondre à un besoin d'activé circulation, sont établies sur une grande lar- geur pour permettre d'y établir des promenoirs spacieux et agréïibles, des alignements d'arbres en allées ou en quinconce, des bandes de verdure ou des parterres de fleurs. Elles sont destinées, soit à former par elles-mêmes une promenade pour un quartier, soit à relier entre eux les grands jardins et les espaces libres.

Dans le premier cas, ces voies forment elles-mêmes une sorte de jardin allongé compris entre les deux chaussées des- servant les immeubles en bordure, ou, si elle est établie le long d'un fleuve ou d'une terrasse, entre la chaussée et le bord de la berge ou de la terrasse.

Dans le second cas, ces voies seront très parcourues, aussi bien par les piétons que par les voitures, les cavaliers, les cyclistes, qui y trouveront un trajet agréable pour se rendre aux jardins ou parcs. Elles pourront donc comporter, en plus des larges promenoirs, une allée cycliste et une allée cavalière. D'es bandes de verdure, des arbres, des massifs, des fleurs, en seront l'ornement obligé. La disposition de l'avenue du Bois-de- Boulogne à Paris est particulièrement heureuse dans ce genre.

Les voies d'habilalion, enfin, sont celles qui, dans l'intérieur des quartiers plus spécialement occupés parles maisons d'habi- tation et les résidences, desservent les immeubles. Leur rôle dans la circulation générale étant secondaire et l'habitation ne pouvant être agréable et reposante que loin du bruit et du mouvement, ces voies, situées de préférence en dehors de toute circulation active, seront disposées pour offrir le plus de charme à l'habitant. Nulle nécessité pour elles de présenter un rapide trajet d'un bout à l'autre du quartier; elles pourront, au contraire, être aménagées pour rendre ce trajet moins monotone, soit en suivant une ligne sinueuse, par des courbes ou par des angles, soit en se raccordant de biais les unes aux autres; elles pourront ainsi présenter une grande diversité d'aspect. Leur largeur et leur disposition, très variables,

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 29

dépendent plus de leur rôle d'agrément que de nécessités de circulation, étant liées intimement aux dispositions des immeubles en bordure ; nous reviendrons plus longuement sur ce point, au chapitre de l'esthétique.

La question des pentes n'a ici que peu d'importance ; elle peut aller, pour les rues d'habitation, jusqu'à 5 et 5 i /a p. loo. Cette limite ne sera pas dépassée, puisque, étant donnée la liberté dont on dispose pour le tracé de ces voies, il sera toujours possible, par un léger circuit, d'éviter une pente qui deviendrait une gène ou une fatigue.

La direclion et le tracé des voies, quel que soit leur rôle, doivent répondre à des considérations très diverses : nécessité de circulation, dégagement des centres d'affluence, topogra- phie, orientation, climatologie, esthétique, recoupements des îlots, etc

Le dégagement des centres d'affluence, en dehors des données générales de circulation que nous venons d'examiner, se déduit logiquement de l'étude des édifices, gares, marchés, théâtres, bourses, que nous entreprendrons plus loin; nous reportons également aux chapitres suivants les considérations sur l'hygiène et l'esthétique.

Quant aux données de la topographie, elles sont particu- lières à chaque cas et, en dehors de la question des pentes, ne peuvent être généralisées.

Le recoupement des Ilots, la surface et la forme à réserver aux blocs à bâtir, dépendent surtout de la spécialisation des quartiers. Il est évident que des usines, des entrepôts, demanderont des îlots réguliers, des superficies assez considé- rables. Les quartiers commerciaux pourront également com- porter- des îlots assez profonds, pour l'aménagement de grands magasins avec halls intérieurs; mais, en général, il sei'a pré- férable de multiplier les îlots, de façon à créer le plus possible de dégagements et surtout de boutiques en façade. Dans les quartiers d'habitation, le lotissement dépend de la situation sociale des habitants. Il faut y ménager la place suffisante pour y créer des jardins particuliers, petits ou grands, car nous devons pousser à ce que chaque maison, depuis la résidence jusqu'à la maison ouvrière, soit accompagnée dune surface

3o l'aménagement et l'extension des villes de Fa^NCE

plantée qui, en contiguïté avec celle des voisins, formera un ensemble de verdure. Mais, dans les quartiers de classe moyenne, il faut veiller à ce que les lots ne soient pas trop profonds, afin que la disposition convienne à des habitations d'un prix abordable et n'attire pas la spéculation qui y con- struirait le grand immeuble locatif.

Les carrefours cl les places. En même temps que la meilleure disposition des blocs à bâtir, le tracé des voies devra prévoir la manière dont ces voies se rencontreront. Pour se bien prêter à la construction, les voies ne doivent pas se croiser à angle trop aigu ou, dans ce cas, leur angle devra être abattu en pan coupé.

Les places. La question des croisements de voies en un même point nous amène à l'étude des places, plus ou moins grandes, régulières ou irrégulières.

Les places, d'une façon générale, sont des espaces laissés libres de constructions pour faciliter la circulation au croise- ment de plusieurs voies. Il en est cependant qui sont agrandies plus qu'il n'est nécessaire à la circulation, pour des raisons esthétiques ou en vue de créer un espace libre. Dans ce cas, les trottoirs, promenoirs, plantations d'arbres en quinconce, occupent souvent la majeure partie de la place.

Il en est d'autres qui comportent, à leur centre, un espace réservé soit à un édifice important, soit à un jardin ou square, soit à un service public, marché, foire, etc.

Les places régulières, c'est-à-dire composées suivant une forme voulue, ovi les voies débouchent systématiquement, les courants de circulation sont relativement faciles à régler. Si la place est créée à l'intersection de deux grandes voies, il est pré- férable de la disposer de façon que ces voies y pénètrent par les quatre coins, plutôt que par les deux axes, ce qui ramène toute la circulation au centre, laissant les angles sans animation.

Pour les places irrégulières, il est souvent difficile de régler les courants de circulation : on devra s'efforcer, par l'installa- tion de refuges bien disposés, de canaliser les circulations roulantes et d'assurer la possibilité, pour les piétons, de tra- verser la place sans danger.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 3l

Les places peuvent affecter les formes les plus diverses, et une étude spéciale sereiit nécessaire pour exposer les multiples solutions, si heureuses souvent, apportées à cet élément de la circulation urbaine.

jNous examinerons plus loin leur rôle décoratif, et leur rapport avec les édifices.

Ces services, dont la Question Les transports , . ,. i v > H j

est intimement liée a celle des en commun. i i ,

quartiers et des voies, demandent

une étude spéciale. C'est grâce à eux que les quartiers dhabi-

tation peuvent s'établir à distance des qucutiers d'affaires et

des centres d'étude et de distraction. L'activité urbaine actuelle

demande des relations nombreuses, rapides et peu coûteuses

entre les divers organes. La création ou la multiplicité des

transports publics doit donc être examinée par toute ville dont

la réforme est à l'étude, mîus avec le souci d'éviter, dans la

mesure du possible, les inconvénients qui résultent de leurs

avantages mêmes.

Ces inconvénients sont d'abord la gène qu'ils peuvent créer pour la circulation, et même le danger qui peut en résulter pour les piétons qui traversent la chaussée.

A ce point de vue, nous étudierons successivement les modes de transports à circulation libre et ceux à trajet fixe. Les premiers, omnibus et autobus, ont l'avantage de pouvoir se dégager librement d'un encombrement : la gêne et le danger qu'ils peuvent occasionner seront en partie écartés par la prudence et l'habileté du conducteur de la voiture. Il est toutefois recommandé d'éviter, pour le trajet de ces véhicules, les pentes, le dérapage à la descente est fréquent. En général, le sol des voies suivies par ce trajet doit être traité de façon que ce dérapage ne puisse avoir lieu, lorsque le sol est mouillé.

Les transports à trajet fixe, les tramways notamment, intéressent plus directement l'urbaniste, car l'établissement des lignes ferrées sur la chaussée imposera certaines obligations pour les voies empruntées, ou inversement la disposition des voies permettra ou interdira la création dune ligne de rails.

L'impossibilité, pour les tramways, de se déplacer latérale- ment, oblige à réserver sur la chaussée un emplacement déter-

32 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

miné pour la circulation dans chaque sens, suivant des dispo- sitions qui permettent de sortir toujours de la voiture direc- tement sur un trottoir ou sur un refuge. Cette installation ne pourra donc se faire que sur des voies assez larges, laissant toute la place nécessaire pour la circulation normale des autres véhicules. De plus, les tournants doivent être à grand rayon, variable suivant le système de voitures, et ne doivent pas se rapprocher d'un angle de trottoir, de telle façon qu'une voiture quelconque puisse être coincée entre le tramway et le bord du trottoir.

Ce système de roulement demandera donc quelques précau- tions pour l'étude des voies qui en comporteront l'établisse- ment. Mais, comme il réduit très sensiblement les frais d'exploitation, il faut prévoir qu'il sera largement employé.

Pour éviter l'encombrement, le mieux semble, avec ce système, d'avoir des voitures petites et nombreuses, qui peuvent sillonner la ville sans créer des obstacles trop volumineux à la circulation générale. On doit éviter les attelages de plusieurs voitures.

Les autres inconvénients de certains transports en commun, émanations de gaz ou de fumée, poussière, bruit et trépida- tions, seront examinés plus loin au point de vue de l'hygiène.

Dans les villes importantes, certaines voies de transport trouvent leur place en sous-sol. Ce système décongestionne la circulation des rues et permet une plus grande rapidité de déplacement. Les stations débouchent par des escaliers sur les trottoirs.

De même, pour la traversée des voies encombrées, des passages souterrains sont souvent nécessaires. Us peuvent se raccorder aux gares de transport et être complétés par certaines installations, vitrines d'exposition, W. C. et toilettes', etc.

, . . ... L'étude du plan ne se limite

Les édifices publics , , , .... , .. ,

. , pas a la répartition des quartiers et

et prives. . ' i i i

au trace des voies, si complet que

soit ce travail. Il doit prévoir l'emplacement le plus judicieux

I. Voirie traité de M. Hénard sur l'aménagement d'une ville moderne, sont prévues, avec un esprit particulièrement ingénieux, toutes les trans- formations de nos villes futures.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 33

des monuments qui seront à édifier, leur réserver la surface nécessaire, en assurer le dégagement et la présentation conve- nables. Il devra aussi se préoccuper des édifices, qui, sans être édifices publics proprement dits, sont d'une utilité publique telle qu'ils doivent être prévus dans la disposition générale de la ville ; enfin il ne négligera pas d'assurer, dans la mesure du possible, la construction des bâtiments privés en conformité de ses intentions et de ses vues.

Passons donc en revue les diverses classes d'édifices dont il y aura lieu d'envisager l'édification. Nous les grouperons, pour plus de clarté, en :

Bâtiments publics ' ;

Edifices d'utilité publique;

Constructions privées.

Les bâtiments publics. Le nombre et la destination des édifices publics dépendent essentiellement de l'importance de la commune, de son rôle administratif et de sa situation éco- nomique.

Mais il est certains édifices qui, correspondant au principe même de l'organisation politique et administrative du pays, se retrouvent en toute commune française, si minime soit-elle, c'est la mairie, l'église et l'école primaire.

En Amérique, dans un grand nombre de petites communes, existe également un bâtiment municipal que l'on appelle la Maison pour Tous, construction très simple, mais assez vaste, comportant une salle de réunion et de jeux pour les hommes, avec une bibliothèque, une salle de couture et de travail en commun pour les femmes, un jardin d'enfants, et une buvette de tempérance. Un édifice semblable nous paraît à sa place, sinon dans toutes les communes, du moins dans les bourgs et les petites villes, à proximité des terrains de jeux dont nous préconisons d'autre part l'aménagement.

Les bourgs et les petites villes comportent aussi un ou plu- sieurs groupes scolaires, un marché, souvent un hôpital. Cer-

1. Nous réunissons sous ce nom tous les bâtiments dépendant d'une orga- nisation administrative, administrations d'Etat, départementale ou commu- nale. Certains édifices, pourtant, dits d'utilité publique, peuvent dépendre d'une de ces administrations,

CITÉS DÉTRUITES. 3

34 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

taines de ces agglomérations possèdent mùme, en plus des marchés d'approvisionnement, des marchés à bétail.

Les services qui s'étendent aux régions administrées sont logés dans des bâtiments publics, qui doivent naturellement trouver place dans les villes ; leur emplacement demande à être choisi judicieusement, leur entourage à être aménagé soigneusement.

Ces bâtiments répondent à des services définis, dépendant des pouvoirs publics. Ce sont :

Les édifices d'administration politique : préfectures et sous-préfectures, hôtels de ville;

Les édifices judiciaires et pénitenciers : tribunaux, palais de justice, maisons de correction et de détention;

Les édifices d'enseignements primaire, secondaire et supérieur : les écoles, lycées et collèges; les universités, les écoles spéciales et professionnelles, les musées artistiques et scientifiques, les bibliothèques, etc. :

Les édifices hospitaliers : hospices, hôpitaux généraux et spéciaux, maisons d'aliénés, dispensaires, etc. ;

Les édifices des cultes : églises, temples, synagogues, etc.

Enfin, il y a les édifices répondant à d'autres départements, bâtiments d'Etat militaires et maritimes : casernes, arsenaux de terre et de mer, etc.

Certains de ces édifices doivent tout naturellement se trouver dans la ville elle-même, tels que préfecture, palais de justice, églises, etc., mais il est évident qu'on a tout avantage à en éloigner les hôpitaux, les prisons, les casernes.

Les édifices d'instruction seront en général à proximité des quartiers d'habitation de la classe sociale à laquelle ils corres- pondent.

La situation des nausées et bibliothèques qui sont souvent réunis dans le même bâtiment dépend surtout de la configu- ration de la ville et des courants de circulation. 11 est souhai- table que ces édifices se groupent auprès d'un jardin, avec des accès faciles, mais un peu en dehors des grandes circulations elles-mêmes. Il est superflu d'indiquer, du reste, que tous les centres des grandes affluences passagères doivent comporter de larges dégagements, des places d'accès et de stationnement en dehors des voies de circulation.

Dans les cas d'extension ou de réformes de villes existantes,

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 35

l'élude montrera souvent qu'il y a intérêt à déplacer certains édifices anciens pour les reporter dans un autre quartier, en leur donnant la surface nécessaire et en les aménageant de façon moderne.

Outre la question de situation, on devra se préoccuper, dans l'étude des édifices, de leur accroissement possible étant donnée l'évolution probable de la ville. Lorsque les édifices publics ne seront pas construits en une seule fois dans leur développement prévu, il sera bon d'aménager en jardins les espaces réservés aux futurs bâtiments. Les terrains des édi- fices publics désaffectés dans l'intérieur des agglomérations ne seront jamais revendus pour l'édification de constructions particulières, mais attribués à des services généraux intéres- sant la collectivité ou utilisés en espaces libres.

Les édifices d'usage public. En dehors des édifices publics proprement dits, appartenant à l'Etat, au département ou à la commune, toute ville d'un certain rang comporte des bâti- ments d'utilité générale intéressant l'alimentation, les affaires financières ou commerciales, l'hygiène, les transports, etc. ; comme les grands magasins de vente, les entrepôts, les halles centrales, les marchés couverts et les abattoirs, les bourses de valeurs ou de commerce, les banques, les bains publics, les gares de voyageurs et de marchandise, les théâtres, salles de concert, les salles ou Palais de fêtes, d'expositions, etc.

Les constructions privées forment la masse importante de l'agglomération urbaine ; commerces et industries que loge toute ville active : hôtels, maisons, villas, tous lieux de travail ou d'habitation dont nous préconisons autant que possible le classement par quartiers. C'est en étudiant l'agglomération urbaine au point de vue hygiénique et esthétique que nous indiquerons comment l'Urbanisme est appelé à intervenir dans la construction de tous ces édifices et dans quelle mesure il peut en prévoir l'organisation d'ensemble.

Les jardins, les plantations, Espaces libres , ii i \ j

... les espaces libres, les terrams de

et jardins. . ^ / .

jeux, sont une préoccupation toute

moderne, du moins avec l'importance qu'ils ont prise comme

éléments nécessaires de la constitution des villes.

36 l'aménagemem- et l'extension des villes de fr.\nce

Les espaces libres sont les terrains découverts à l'écart de tout mouvement passager et dune étendue suffisante pour le repos en plein air, la promenade ou les jeux des enfants, c'est- à-dire supérieure à i ooo mètres carrés.

Tout espace libre n'est pas nécessairement un jardin ; tout jardin est un espace libre.

Les terrains de jeux sont des espaces découverts spéciale- ment aménagés pour les exercices et les jeux en plein air des enfants et des jeunes gens; ils sont généralement accompagnés de plantations.

Les petits jardins publics ou squares ont un rôle de desser- rement et d'embellissement; ils peuvent, en outre, servir de lieux de repos et de petits promenoirs, mais ils sont insuffi- sants pour les jeunes gens et les enfants.

Les grands jardins publics, qui varient, suivant les besoins et l'importance des villes, de 4 à loo hectares environ, ont pour rôle à la fois de servir au desserrement, à l'embellisse- ment, et d'être des lieux de promenades, des terrains d'exer- cices ou de jeux.

Les grandes promenades ou parcs extérieurs et, au delà, les réserves, bois, pâturages, cultures... ont pour objet de main- tenir à la ville des abords agréables, de protéger et de con- server les sites, les aspects les plus intéressants de ses environs, et de constituer les espaces libres de ses extensions futures.

Les avenues-promenades et boulevards, accompagnés de plantations d'arbres en lignes, de contre-allées ombragées, de bandes de gazon et de fleurs ou de zones traitées en jardins, sont utiles, non seulement en tant qu'avenues principales de circulation, mais plus encore comme grandes voies de liaison entre les jardins, les points d'aspect intéressants de la ville, comme longs promenoirs ombragés qui rendent aussi les accès de ce point et des grands parcs plus faciles et plus agréables.

INous avons vu que la distance de 5 mètres est un minimum à observer pour l'intervalle séparant les habitations riveraines des lignes d'arbres et qu'un espacement de 6 à lO mètres entre les arbres était nécessaire. C'est l'intervalle que les arbres exigent entre eux pour se développer convenablement; il est peu d'espèces pour lesquelles l'intervalle inférieur à 6 mètres soit convenable.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 87

Les voies destinées à recevoir des plantations en alignement seront plus favorablement orientées du sud au nord, l'orien- tation est ou ouest ne produisant le plus souvent que des lignes d'arbres mal équilibrées.

On doit éviter de laisser traverser les grands parcs et jardins publics par des mouvements de circulation qui en diminuent la surface utile et en troublent la tranquillité; mais ils ne doivent pas non plus eux-mêmes être placés en travers des grandes directions de circulation, tout en se trouvant à proxi- mité des principales voies d'accès.

La répartition en distance des terrains de jeux et des jardins est uniforme pour tous les quartiers habiles. Ils ne sont pas indispensables dans les quartiers d'affaires.

Leur étendue varie proportionnellement à la densité de population des quartiers. Le minimum est de 4 à 5 mètres carrés d'espaces libres par habitant ; une bonne proportion moyenne doit s'élever à lo mètres carrés par habitant; dans le calcul de cette proportion ne doivent pas entrer en compte les réserves extérieures, ni les voies publiques.

Les terrains de jeux, s'ils ne sont pas aménagés au centre des îlots pour les habitants riverains, sont, autant que possible, placés près des centres d'affluence de chaque quar- tier, à une distance et en nombre tels qu'ils puissent être aisément accessibles quotidiennement pour tous les habitants.

La proportion moyenne des jardins publics et espaces libres d'une agglomération urbaine ne peut être constante ; elle variera entre 5 p. loo de la surface totale de la ville, propor- tion à peine suffisante, et i5 p. lOO, qui est satisfaisante.

Ces espaces libres doivent être répartis, autant que possible, de manière à ce que tout habitant n'ait pas plus de 5oo mètres à faire pour en trouver un.

Les jardins publics, les plantations des avenues larges, des espaces libres, des cimetières, ne constituent pas la part la plus importante de la masse verte des villes ; les jardins privés doivent s'y ajouter obligatoirement; ils seront la ressource la plus importante pour atteindre à une proportion bienfaisante d'air libre, de soleil et de parure végétale.

La proportion des jardins privés est généralement beaucoup plus élevée que celle des jardins publics; elle varie de 25 à

38 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

3o p. loo de la surface totale de la ville; et si, en certains quartiers, comme dans celui des affaires, cette proportion s'abaisse, elle doit au contraire s'élever jusqu'à 4o, 5o p. loo et même 75 p. 100, dans les quartiers d'habitation, croissant à mesure que l'on s'éloigne du centre de la ville.

Les conditions nécessaires de répartition, de situation et d'étendue, imposent, pour les espaces libres, les jardins publics, les terrains de jeux et leur liaison, l'obligation d'en établir un plan spécial d'ensemble pour la ville et ses exten- sions.

HYGIÈNE ET SALUBRITÉ

Il est évident que la vie urbaine, qui entraîne l'entassement d'un grand nombre d'individus dans un espace relativement restreint, impose aux habitants des conditions d'existence bien différentes de celles que demande la nature. Pendant des siècles on a laissé les habitations se grouper au hasard; il s'agissait surtout de se protéger des intempéries, de se grouper et de se fortifier contre les attaques de l'ennemi; de là, les ruelles étroites, les cours exiguës, les étages bas, les petites fenêtres. C'est à peine si quelque règlement, édicté à la suite de pénibles épidémies, s'inquiétait des mesures de salubrité.

Mais la densité toujours croissante des centres urbains a imposé la nécessité de mesures d'intérêt public. La découverte de l'hygiène, science nouvelle, mais qui nous apparaît aujour- d'hui comme répondant à un des besoins primordiaux de la vie, nous a montré les dangers nés de l'agglomération et de l'absence de précautions contre les germes malsains, et nous a indiqué les moyens de nous en préserver. Elle nous a fait comprendre que les besoins du corps humain sont les mêmes à la ville et à la campagne et nous fait une loi de rétablir par des mesures voulues, dans les agglomérations denses, les conditions de vie et d'équilibre normal que l'homme trouve dans la nature.

L'air pur, la lumière, l'eau propre, sont nécessaires à nos organes ; les miasmes fétides dont se chargent l'air et l'eau au contact des déchets de notre travail et de notre organisme

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS SQ

nous sont nuisibles et deviennent d'autant plus pernicieux que la masse humaine qui les dégage est plus considérable.

L'hygiène urbaine doit s'efforcer de remédier à un tel état de choses; elle implique toutes les questions ayant trait à la salubrité publique dans les agglomérations et elle impose toutes les mesures compatibles avec les besoins généraux et susceptibles d'assurer les meilleures conditions de santé aux habitants. Ces mesures intéressent et les voies et les immeu- bles; mais, si beaucoup d'entre elles sont généralement appli- quées en France, il en est malheureusement qui paraissent y être encore méconnues ; aussi semble-t-il intéressant d'exa- miner ici toutes celles dont l'application serait désirable.

Pour les facilités de l'analyse, nous les grouperons sous trois titres :

I. Hygiène des voies et promenades.

II. Rapports entre les parties construites et les parties non construites.

III. Hygiène de l'habitation.

Elle comporte les mesures à Hygiène des voies , , . i

prendre pour la suppression des et promenades. ^ . ^ ,, , f*

miasmes par 1 aération et la ven- tilation. Les miasmes délétères proviennent, soit des fumées répandues dans l'air et rabattues vers le sol, soit des poussières soulevées par le vent ou par le passage des véhicules et piétons. La question des fumées serait en grande partie résolue par l'éloignement des usines, ainsi que nous l'avons préconisé dans l'étude des quartiers. Quant aux fumées dégagées par les habitations et les locaux commerciaux, leur masse est assez disséminée pour ne pas présenter un danger grave. Pourtant il serait souhaitable que l'emploi de systèmes d'ab- sorption ou aspiration des fumées dans des canalisations d'évacuation spéciale, systèmes qui existent et sont adoptés par certaines industries, mais qui devraient être exigés de toute industrie autorisée à s'établir dans l'agglomération, soient étudiés pour leur application généralisée à tous les immeubles urbains; mais ce n'est encore qu'une question d'avenir'.

I. Ou consultera avec fruit les travaux de M. Hénard sur ce sujet.

/JO LAMÉNAGEMENT ET l'eXTENSION DES VILLES DE FRANCE

La question des poussières est, au contraire, d'actualité et devient de plus en plus grave, aussi bien dans les villes que dans les communes de moindre importance, en raison de l'in- tensité croissante de la circulation automobile. Certaines voies, autrefois très propres et bien aérées, sont devenues presque inhabitables et en tout cas très malsaines en raison des nuages de poussière que soulèvent les véhicules en roulant à grande vitesse. Des procédés ont été appliqués à la confection des voies, pavages en bois, conglomérats, bitumage, enduisage, etc., qui, sans assurer la suppression totale des poussières, ont du moins réduit cet inconvénient dans une forte proportion. La question des systèmes de pavage et de préparation du sol doit donc être étudiée suivant l'usage auquel sont destinées ces voies.

Comme on ne pourra jamais supprimer complètement la poussière, on doit prendre toutes mesures pour l'éliminer autant que possible. Les meilleurs résultats ont été obtenus jusqu'ici par l'arrosage, aussi bien dans les rues et avenues que dans les voies de promenade et les jardins. Le service d'arrosage comprend l'alimentation de la voie publique en eau propre, la répartition des prises d'eau et des bouches. Cette question se complète par l'étude des pentes de trottoirs, de bombage des chaussées et de l'écoulement rapide des eaux de pluie ou d'arrosage vers les systèmes d'évacuation. Les espaces libres eux-mêmes devi'ont être pourvus d'un règle- ment d'hygiène qui traitera des mesures à prendre contre le jet des papiers et détritus sur les voies et dans les verdures. Un mot sur la question des bassins, contre lesquels on a mené une campagne, il y a quelques années, en raison des éclo- sions de moustiques que facilitent les eaux insuffisamment renouvelées. Or, on connaît aujourd'hui les moyens bien simples pour remédier à cet inconvénient, sans pour cela priver les villes et les jardins de ces motifs d'agrément.

Mais l'air, même débarrassé des poussières, ne sera pas encore salubre, s'il n'est renouvelé par une aération constante ; cette aération sera assurée par la largeur des voies et leur orientation suivant le régime des vents et la latitude, de manière toutefois à éviter les tourbillons et les violents cou- rants d'air.

PRINCIPES DIRECTEUBS POUR LA CONFECTION DES PROJETS [\\

La question d' orienta lion pour les voies principales doit être aussi étudiée avec le souci de l'ensoleillement des immeubles, condition également importante pour l'hygiène publique. Sui- vant les données scientifiques, pour que le soleil, sous notre latitude, puisse en hiver baigner une façade jusqu'au sol, il fau- drait que les voies orientées nord-sud aient une largeur deux fois un tiers la hauteur des immeubles en bordure, et les voies orientées est-ouest quatre fois la hauteur des maisons. La meilleure composition, à ce point de vue, serait d'avoir de nombreuses rues dirigées du nord au sud et des avenues ou boulevards allant de l'est à l'ouest, la hauteur des maisons étant réglée par les rapports ci-dessus '.

La trépidation et le bruit. Enfin, nous ne pouvons omettre de signaler un des inconvénients que la circulation croissante dans les villes très actives aggrave de jour en jour, c'est celui qui provient de la trépidation et du bruit, contre lesquels il est difficile de se protéger. Il en résulte pour les habitants une grande fatigue qui, dans certains centres parti- culièrement trépidants, devient même un danger pour ceux dont les nerfs sont déjà surmenés par le travail.

Dans quelques villes spécialement bruyantes de l'étranger, l'initiative privée a créé des lieux de repos qui, en plein centre des affaires, permettent de s'isoler complètement du bruit et de la trépidation de la rue.

Sans aller jusqu'à préconiser, pour le moment du moins, de semblables installations, on doit veiller à atténuer autant que possible la fatigue indéniable que ce trouble impose à l'organisme, au même degré que la poussière ou l'air vicié.

Déjà l'éloignement des habitations et leur répartition dans des voies peu propices au trafic assurera aux habitants le repos dans un silence relatif. Mais la fatigue pendant les heures de travail dans le centre doit être également réduite dans la mesure du possible et ce résultat est difficile à obtenir. L'effort doit porter, comme nous l'avons dit en parlant des transports en commun, aussi bien sur la composition du sol des voies que sur l'aménagement des véhicules. Si, d'une

I. Consulter à ce sujet l'ouvrage de M. Emile Trélat : Questions de salubrité.

/ia l'aménagement et l'extension des villes de fr.\nce

part, on doit éviter, dans les voies de trafic, les pavages ou autres revêtements sonores, l'attention doit être aussi attirée sur les mesures à prendre pour rendre moins bruyants les voitures, les tramways, aussi bien dans leurs modes de loco- motion que dans leur roulement, en même temps que sur les mesures destinées à supprimer les émanations de gaz ou de fumées des moteurs.

Ceci ferait l'objet de toute une étude spéciale, mais les con- séquences de ces fatigues sur l'équilibre de la santé sont trop graves pour n'être pas signalées.

L'assainissement des voies et des Les services publics. . , , , , ,

immeubles est assure par les ser- vices publics qui, de plus, comprennent tout ce qui. dans une ville, est de service commun à tous les habitants ou à tous les immeubles. Ils dépendent de la municipalité qui les exploite directement ou en confie le soin à des sociétés con- cessionnaires. Ils assurent principalement la police des voies, la salubrité de la ville et les distributions diverses nécessaires aux voies et aux immeubles.

Nous n'examinerons ici que ceux en rapport avec l'Urba- nisme, c'est-à-dire :

Les alimentations en eau potable et non potable ;

Les services de nettoyage ;

Les secours contre l'incendie ;

Les services d'évacuation des eaux usagées ;

L'éclairage public et privé;

Le service d'enlèvement des ordures ménagères.

Ces services doivent être prévus dans l'étude du plan avec un développement correspondant à l'importance de la ville, et même en vue de son importance future.

Ils dépendent essentiellement des conditions économiques et climatériques. Il est évident, par exemple, qu'une cité industrielle (charbonnages, usines) devra comporter un sys- tème de nettoyage plus important qu'une agglomération agri- cole; que les transports en commun devront être multipliés plus particulièrement dans les centres industriels ou commer- ciaux. L'évacuation des eaux de pluie sur la voie publique ne peut avoir la même importance sous toutes les latitudes ; la

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 43

puissance de l'éclairage nocturne dépend essentiellement des habitudes et des besoins de la localité.

Les égouts. La plupart de ces services nécessitent des canalisations se ramifiant dans toutes les voies et dans tous les immeubles: mais, comme, pour des raisons de convenance, ces canalisations ne peuvent trouver place sur la voie publique, elles sont installées en sous-sol de la voie. Trop souvent créées successivement, au fur et à mesure des besoins, sans égard pour les travaux antérieurs, elles se trouvent disséminées, ce qui oblige, chaque fois que l'une d'elles a besoin d'une réparation ou d'une modification, à démolir la viabilité soit du trottoir, soit de la chaussée.

Etant donnés l'importance qu'ont pris ces services et le développement qu'ils prendront certainement dans l'avenir, il est nécessaire de prévoir dans chaque ville un réseau de véri- tables voies souterraines contenant toutes ces canalisatioijs, aussi bien celles d'alimentation que celles d'évacuation. Ces voies sont constituées par les égouts, et il est souhaitable que chaque ville possède, outre son plan d'aménagement et d'exten- sion proprement dit, un plan du sous-sol avec le tracé des égouts et toutes les indications nécessaires, y compris les canalisations qu'il contient. Ces canalisations seront ainsi repérées, et, en cas de besoin, visitées et réparées sans dom- mage pour la voie.

On doit prévoir, de plus, dans un avenir plus ou moins proche, que de nouveaux services auront à être établis dans la ville ; des inventions nouvelles ou des industrialisations futures peuvent obliger à multiplier soit les adductions de force dans les immeubles, pour le chauffage, par exemple, ou pour l'air comprimé, soit des évacuations comme l'aspiration des fumées ou l'enlèvement des ordures ménagères ; le système dit du « tout à l'égout » se généralisera de plus en plus. Il faut éviter que ces nouvelles installations ne viennent bouleverser les rues et les avenues. Pour cela, il est nécessaire de prévoir un réseau dégoûts, non seulement suffisant pour contenir les canalisations actuelles, mais encore capable de comporter celles que l'avenir réserve à toute ville bien aménagée.

Ce réseau se composera de voies principales ou collecteurs, qui recevront les égouts propres à chaque rue ou à chaque

44 l'aménagement et L extension des villes de FRANCE

groupe de rues, égouts qui, dans ce second cas, se ramifieront en branchements secondaires desservant chaque voie. Enfin chaque immeuble sera relié au réseau par un branchement particulier lui amenant les alimentations dont il a besoin et assurant ses évacuations.

Les égouts, devant être visités, ont des sorties ou regards sur la voie publique, fermés par des tampons mobiles.

Ils doivent être ventilés, afin que l'air n'y soit pas empesté par les émanations qui, en cas de rupture, peuvent se dégager des canalisations ou par les eaux évacuées si elles y circulent

à air libre ' .

Les dimensions, les profils et les dispositions des égouts dépendent donc de leurs fonctions. Différents types, très étudiés, sont en usage; nous ne les décrirons pas ici, et renvoyons aux ouvrages spéciaux qui traitent cette importante question sous toutes ses formes.

Le réseau d'égouts sera prévu aussi complet que possible : car, si des voies secondaires ou amorcées peuvent temporaire- ment ne pas comporter d'égout, on doit prévoir le moment oîi cet égout deviendra nécessaire et le collecteur ou le bran- chement auquel il se raccordera doit être disposé pour le recevoir. On ne saurait donc trop multiplier les raccordements, quitte à ne les utiliser qu'au fur et à mesure des besoins.

Examinons maintenant les divers services auxquels l'égout sert de conduite générale et les installations annexes qu'ils comportent.

L'alimentation et la distribution des eaux, pour la voie publique et pour les immeubles, se fait par des canalisations dont le diamètre doit être en rapport avec le débit d'eau à fournir. Dans les villes l'adduction d'eau de source est limitée et qui peuvent trouver dans un cours d'eau à proximité le complément nécessaire, les canalisations d'eau de source et d'eau de rivière doivent être séparées et on devra prendre

I. A ce sujet, nous regrettons que cette ventilation ne soit assurée dans les villes de France que par les bouches d'égout : d'où émanations fétides au ras du trottoir. Dans certaines villes d'Angleterre, la question a été résolue par des cheminées d'appel disposées de distance en distance, à l'intérieur de fûts ornés servant de candélabres d'éclairage.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA. CONFECTION DES PROJETS ^O

toute précaution pour éviter le mélange même temporaire de ces eaux.

L'eau de source sera réservée à l'alimentation des immeubles et aux fontaines-buvettes de la voie publique.

La question des eaux de source doit être étudiée avec grand soin, car elle a une répercussion directe sur la santé publique. Elle nécessite des travaux importants, que nous ne pouvons que citer, captation des sources, adduction des eaux jusqu'à la ville, réservoirs, à étudier comme emplacement et comme capacité, et souvent élévateurs d'eau, destinés à donner une pression suffisante pour alimenter tous les points de la ville et tous les étages.

L'eau de rivière alimente tous "les services de nettoyage et d'arrosage ou d'alimentation industrielle. Quoiqu'elle ne soit jamais destinée à la consommation (et ceci doit être indiqué sur tous les points cette eau peut être puisée, par ces mots : Eau non potable), il est souvent utile qu'elle soit épurée. Les installations que nécessite l'alimentation en eau de rivière sont principalement les prises d'eau, les usines d'épuration ou de filtrage et les machines élévatrlces pour donner à l'eau la pression nécessaire.

Les services de nettoyage et d'arrosage comportent une répartition de prises d'eau sur la voie publique et dans les jardins, et des systèmes de balayage et d'arrosage, soit à la lance, soit par des voitures spéciales.

Les secours contre Vincendie comportent un certain nombre de prises d'eau spéciales réparties sur la voie publique, avec raccords fermés dont les sapeurs-pompiers ont seuls l'usage. Ces services sont complétés par des avertisseurs très visibles, reliés téléphoniquement aux postes de pompiers.

L'évacuation des eaux usagées est la principale fonction de l'égout, qui, à cet effet, devra être établi avec une pente suffi- sante pour l'écoulement. Cette évacuation comprend aussi bien celle des eaux utilisées dans les immeubles que celles prove- nant de la voie publique : elle sera donc souvent très abondante, surtout dans les pays la neige est fréquente et la fonte amène un débit d'eau considérable et dans les régions de

46 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

violents orages sont à crziindre ; on a même prévoir, dans certaines de ces régions, des systèmes spéciaux d'évacuation rapide des eaux. Nous ne pouvons que citer les services com- plémentaires de l'évacuation des eaux polluées, installations d'écoulement, d'épuration, d'absorption ou d'épandages, qui, suivant la nature du sol, la disposition de terrain et la masse d'eau à évacuer, seront à étudier très attentivement.

L éclairage public et privé comprend l'alimentation des voies et des immeubles en gaz et électricité. La question de l'éclairage des voies principales et des monuments publics doit être envisagée au point de vue de l'éclairage normal et de l'éclairage intensif pour les fêtes.

Quant au service de l'enlèvement des ordures ménagères, il s'opère presque partout par tombereaux, qui laissent se dégager les odeurs nauséabondes des détritus qu'ils contiennent et que trop souvent ils laissent tomber sur la voie publique. Certaines grandes villes ont adopté des voitures à caisses her- métiques et à traction automobile et ont imposé aux habitants l'usage de boîtes à ordures à fermeture automatique. Ces ordures sont dirigées vers des usines elles sont traitées pour être livrées comme engrais à l'agriculture. Les dépôts d'ordures dans les environs de l'agglomération doivent être formellement interdits'.

L'aération et l'ensoleillement Rapport des parties seraient encore insuffisamment

construites , , , -, > i>

régies si on n assurait pas a 1 air et non construites. i i •« ,

et a la lumière un accès assez ouvert

sur les voies. La hauteur des constructions devra donc être réglementée de façon à ne pas réduire pour la rue les avan- tages de ces éléments primordiaux, et la surface bâtie ne devra occuper qu'une place déterminée de la surface totale. Ainsi, l'hygiène urbaine est liée à la question des constructions

I. Ce service d'évacuation des ordures est loin d'être parfait. C'est une question à l'étude dans quelques villes d'Amérique, qui tendent à assurer cet enlèvement des ordures par l'égout. Souhaitons que cette solution soit bientôt mise au point et rendue pratique.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 1^7

d'immeubles, non seulement en ce qui concerne ses rapports de dimension entre la largeur de la rue et la hauteur des façades en bordure des voies, mais encore dans les rapports de surface entre parties bâties et non bâties.

D'oii la nécessité de règlements édilitaires, limitant le droit des propriétaires dans ses rapports avec la collectivité, règlements sur la hauteur maxima des maisons, sur le gabarit dans lequel doivent rentrer toutes les saillies de l'immeuble et sur la dimension des cours.

Mais l'hygiène urbaine doit-elle avoir les mêmes exigences pour toutes les parties de la ville et ses règlements doivent-ils s'appliquer indifféremment à tous les quartiers ?

Nous avons remarqué, dans l'étude sur les quartiers, que les quartiers d'industrie, de commerce et d'habitation, sont régis par des conditions très différentes; que le séjour dans l'atelier, le bureau ou le magasin, ne prend quotidiennement qu'une portion relativement faible de la journée. De plus, si les conditions de ce séjour ne sont forcément pas parfaites au point de vue hygiène (et, en cela, les nécessités de travail obligent à des concessions inéluctables), ne devons-nous pas nous montrer d'autant plus exigeants sur la salubrité des quartiers d'habitation, 1 homme récupérera la force et la santé déjjensées aux heures de travail ?

Il ne s'agit pas ici de classes sociales, tous les hommes, quelle que soit leur occupation dans la ville, étant obligés de séjourner dans des locaux plus ou moins mal adaptés aux besoins de l'organisme ; mais il s'agit, pour l'ouvrier comme pour l'employé ou le patron, de retrouver, hors de son travail, des conditions d'hygiène aussi parfaites que possible.

La question a été résolue, dans plusieurs villes de l'étranger, par l'établissement de règlements différents, suivant qu'ils s'appHquent à des zones différentes de la ville et suivant les classes des constructions qui s'y trouvent.

Si difficile que soit, dans l'état actuel de nos villes françaises, l'application de semblables principes, il conviendrait néan- moins de faire des tentatives dans ce sens, surtout lorsque la démolition de quartiers insalubres, ou la création, le déplace- ment d'industries, occasionne des remaniements nouveaux dans une agglomération.

^l8 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

La réglementation par classes édicté, pour des zones délimi- tées, une certaine restriction du droit de la propriété dans un sens favorable à l'hygiène publique. Elle établit, pour une série de cas difTérents, la hauteur des immeubles, la proportion des masses construites sur chaque lot par rapport à la surface laissée libre; elle règle les voies oii doivent être réservées des zones de verdure en bordure du trottoir, et les dimensions de ces zones non œdijîcandi ; elle indique si les immeubles pourront être contigus ou s'ils devront être séparés et fixe le minimum de largeur qui doit rester libre. Ce système se com- plète par une classification des immeubles suivant leur desti- nation, qui comprend môme les édifices publics et interdit, dans tel ou tel quartier, telle ou telle catégorie d'immeubles qui, pour l'hygiène comme pour l'esthétique, porteraient pré- judice à leur entourage.

Dans une certaine classe par exemple, on autorisera les immeubles à occuper la moitié de la surface du lot, à s'élever jusqu'à 20 mètres de la voie, à avoir les façades en bordure de la voie publique et à occuper en contiguïté toute la largeur du lot en façade. Le règlement autorisera d'autre part et aux mêmes endroits la construction d'immeubles rentrant dans telle catégorie qui comprend, par exemple, des immeubles industriels soumis à certaine réglementation et certains édi- fices publics, écoles, hôpitaux, etc.

Dans une autre classe, au contraire, on restreindra bien davantage les droits du propriétaire ; on lui imposera l'obliga- tion de n'élever un immeuble qu'à G mètres, par exemple, de la voie publique, de ne pas dépasser un gabarit limité à i5 mètres de hauteur et de laisser une bande libre de 5 mètres sur un ou sur les deux côtés du terrain, l'ensemble de la construction ne couvrant qu'un cinquième de la surface du lot et ne pouvant être destiné qu'à l'habitation privée et à des édifices tels que églises, théâtres, etc.

Ainsi seront assurés à la zone rentrant dans cette classe une proportion d'espace libre et planté considérable, des conditions hygiéniques excellentes et un voisinage de même nature'.

I. Une autre solution, dont l'application ne peut malheureusement qu'être exceptionnelle, consiste Jans le groupement des surfaces non bâties de lots d'un même bloc, ce qui peut permettre une tolérance de surface non

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS ^9

D'autres classes autoriseront la consiruction « en ordre dispersé », ou bien, quand il s'agira de terrains réservés aux sports et aux jeux, ne permettront de constructions habitables sous aucun prétexte.

L'indication de ces classes serait portée sur les plans du cadastre au moyen de teintes diverses correspondant pour chacune d'elles à un règlement défini; et l'autorisation de bâtir ne serait accordée qu'après vérification de l'observance du règlement en vigueur dans la classe.

Certaines villes importantes de l'étranger sont ainsi divi- sées en 8, lo et même i4 classes, et se sont bien trouvées, lors de la réalisation, de la répartition judicieusement prévue. Nos habitudes, nos traditions, nos droits acquis, devront quelquefois s'accommoder, dans les villes actuelles, de sem- blables réglementations, d'autant plus qu'elles seront limitées généralement à des réformes partielles ou à des extensions restreintes.

Toutefois, des règlements fondés sur ces données existent déjà pour des voies, tout au moins en ce qui concerne les zones non œdijlcandi et le= hauteurs des immeubles, et des sociétés particulières ont pu l'étendre aux zones de verdure sur un côté mitoyen des lots, dans des lotissements faits par leurs soins. Il serait possible, nous semble-t-il, d'imposer des réglementations différentes, sinon à l'ancienne ville, du moins à certains quartiers d'extension projetée ou plutôt à certaines voies de ces quartiers, ainsi qu'aux voies nouvelles d'un aménagement local.

, ,. ., La salubrité publique serait bien

L nvgiene . ,, '■ ^ , n

j 1.1. •- .. ..-■ incomplètement assurée, si elle

de 1 habitation. , , . -i i

s arrêtait au seuil des propriétés

privées et si elle n'imposait pas des règlements très stricts

dans l'intérieur même des constructions.

L'administration publique doit avoir un droit de contrôle

sur l'observance des conditions hygiéniques dans les

bâtie, moindre pour chaque lot. La solution serait parfaite si, d'une part, 1 ensemble de ces cours pouvait former jardin, et surtout si cet ensemble pouvait s'ouvrir sur une voie latérale secondaire qui pourrait comporter en bordure des constructions à rez-de-chaussée, boutiques, etc.

CITÉS DÉTRUITES. 4

5o l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

immeubles. Elle doit réglementer les mesures propres à en assurer l'efficacité. Ainsi la hauteur des étages, le cube des pièces, l'éclairage des pièces, l'évacuation des eaux ménagères, les saillies en façade, etc., sont généralement ordonnancés par ce que les villes appellent improprement « règlement de voirie » et ce qui est en réalité « police de construction ».

Ces règlements édilitaires, qui varient suivant chaque ville, mais qui sont tous basés sur des données à peu près analogues, sont trop connus pour que nous insistions sur leurs articles.

Toutefois, nous voulons attirer l'attention sur deux dispo- sitions contraires à l'hygiène physique ou morale et que tolè- rent la plupart des règlements en vigueur. C'est la question des courettes et celle de l'habitation des domestiques.

Les courettes sont des puits incapables de distribuer l'air et la lumière en quantité suffisante aux pièces qui y prennent jour; elles ne peuvent assurer aucune ventilation et sont même un réceptacle de détritus organiques qui sont de véri- tables foyers d'infection. Il faut, du reste, reconnaître que dans les grandes villes on a fait un effort pour éviter cet inconvénient et on en a réglementé les dimensions. C'est déjà quelque chose, mais leur disparition est le seul remède efficace.

Quant à l'habitation des domestiques, trop souvent relé- gués dans un étage unique, situé sous les combles, dans des mansardes déplorablement insalubres, elle amène à la fois des promiscuités dangereuses et impose aux habitants des condi- tions qu'on n'accepterait pas pour d'autres personnes. Trop souvent, ces conditions sont insuffisamment réglementées.

Il y a d'autres solutions à cette question de l'habitation de domestiques, espérons que celle en usage actuellement sera bientôt amendée.

Les mesures d'hygiène de l'habitation ne doivent du reste pas avoir d'effet seulement sur les immeubles à venir. Elles doivent avoir un effet rétroactif et ne pas laisser des con- structions anciennes dans un état manifestement insalubre, et, lorsque cet état ne pourra pas être réformé, la municipalité doit pouvoir faire disparaître ces foyers d'infection.

11 est évident que la loi sur l'expropriation pour cause

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 5l

d'utilité publique, telle qu'on est arrivé à l'appliquer, est tout à fait insuffisante.

Celle relative à l'expropriation pour cause d'insalubrité, actuellement pendante devant la Chambre, revenant du Sénat, réalisera, si elle est adoptée telle quelle, d'importants progrès; et, quelles que puissent être les difficultés d'exécution, les résultats faibles ou importants, suivant les régions, auront en tout cas les meilleures conséquences.

Comme malheureusement la législation actuelle et celle en préparation relative aux agglomérations ne prévoient l'aména- gement des communes de moins de lo ooo habitants que pour les agglomérations dévastées et pour quelques cas spéciaux, nous n'avons pas examiné ici les questions de circulation, d'hygiène et d'agrément dans les bourgs et les villages. Nous traiterons plus loin ces questions, dans le chapitre de l'appli- cation particulière de ces notions d'Urbanisme aux cas des agglomérations dévastées.

Qu'il nous soit toutefois permis de déplorer que les règle- ments actuels sur la salubrité des petites agglomérations soient pour ainsi dire ignorés, et qu'aucun contrôle ne soit établi pour en assurer le respect.

C'est d'autant plus regrettable que la masse rurale, dans bien des cas, n'en comprenant pas la nécessité, n'observera même pas les règles les plus élémentaires de l'hygiène de l'habitation. Lorsque nous étudierons cette question, nous indiquerons les mesures qui, à notre avis, auraient un effet beaucoup plus réel que des règlements incompris.

CONSIDÉRATIONS SUR L'ESTHETIQUE URBAINE

L'œuvre urbaine serait encore incomplète si elle ne créait qu'une ville pratique, bien distribuée, commode pour la cir- culation et pourvue de tous les aménagements hygiéniques.

Elle doit aussi donner aux villes, aux bourgs et aux villages la beauté et le charme, les rendre séduisants à voir et agréables à habiter; et cet agrément ne doit pas être réservé aux seuls quartiers riches ou de résidence, mais se retrouver avec des

52 l'aMÉNAGEMEST et l'eXTENSIO des villes de FRANCE

caractères et des aspects divers dans toutes les parties de l'agglomération.

« L'esthétique, a dit avec raison M. Bonnier, l'éminent directeur des Services d'Architecture de la Ville de Paris, n'est pas un luxe pour le peuple, mais un droit et un besoin au même titre que l'hygiène. »

Il complétait les paroles 'u grand philanthrope Cheysson qui estimait que « le travailleur, comme tout autre, a droit à la beauté ».

ISous allons chercher à dégager, par des exemples, ce qu exprime ce mot d' « esthétique urbaine », difficile à définir en raison des multiples « effets » qui y participent.

Et d'abord, essayons de dissiper une erreur fréquente lorsqu'on parle de l'embellissement des villes. On croit trop souvent que cela signifie : construire de beaux monuments, élever des édifices somptueux. Or, l'esthétique des monuments anciens ou modernes donne un grand intérêt à une ville et rentre pour une part importante dans sa valeur d'art ou d'his- toire, mais ces monuments en constituent les beautés, non la beauté propre .

Il est certain que des villes comme Nîmes ou Nancy sont particulièrement remarquables, l'une par ses admirables ves- tiges de la puissance romaine, l'autre par ses nobles ensembles du xviii' siècle, Bordeaux et Versailles doivent une grande part de leur beauté aux incomparables monuments autour des- quels ces villes rayonnent. Et pourtant ces villes méritent notre admiration par d'autres qualités d'esthétique que celles de leurs splendides édifices : leur disposition, leurs avenues spacieuses, l'heureux aménagement de leurs jardins, la tenue de leurs lignes architecturales, leur donnent grand et bel aspect.

La percée qui, dans Paris, va de la Porte-Maillot à la cour du Louvre, n'est pas seulement admirable par la beauté de ses monuments, Arc de Triomphe, place de la Concorde et Palais du Louvre, mais aussi par l'ampleur de ses voies, l'abon- dance des verdures, la grandeur des perspectives.

Caen, Dinan (Bretagne), Bruges, charment autant par le pittoresque et le caractère local de leurs rues que par les œuvres particulièrement remarquables qu'elles possèdent.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 53

Certaines cités, même fort intéressantes par leurs monu- ments, ne peuvent cependant passer pour de belles villes : Angoulême, Troyes, Dijon, possèdent des merveilles d'archi- tecture et sont infiniment intéressantes à visiter, mais elles ne donnent pas, dans leur ensemble, l'impression de beauté ou de charme.

Par contre, nous en connaissons d'autres comme Tours, Montpellier, Rennes, Bruxelles (ville haute), qui ont fort belle allure, sans que les monuments y soient particulièrement remarquables.

De nombreuses petites villes comme Montargis, Nemours, etc., sont charmantes simplement par leur heureuse disposition dans la nature, leur aspect agréable et le pittoresque qu'on rencontre à chaque pas.

Et que de villages dans notre beau pays de France, nous enchantent par le caractère local, le groupement pittoresque de leurs maisons, le jeu des verdures parmi les pignons et les toitures. Que ce soit en Normandie, en Bretagne, en Bour- gogne, dans le Centre ou dans le Midi, partout foisonnent ces délicieuses bourgades, séduisantes par leur silhouette, leur situation, la variété et l'harmonie de leurs couleurs.

Nous voyons par ces exemples que les villes, grandes ou petites, les bourgades et les plus humbles communes, ont des façons bien diverses d'être belles ou agréables et que toute agglomération possède les éléments qui en feront une cité esthétique d'après le caractère régional et local, et adaptée aux besoins économiques et sociaux.

Suivant les cas, ce sont les monuments artistiques ou histo- riques du passé, les beaux édifices, la tenue architecturale ou la variété des constructions courantes, maisons élégantes ou simples, le tracé majestueux ou pittoresque des avenues, des rues et des places, les effets tirés de la nature, de la dispo- sition de terrain ou de l'abondance des eaux, les plantations, les jardins, le cadre environnant, qui concourent à la beauté, au charme et à l'agrément de nos cités. Tels sont les éléments dont disposera l'urbaniste pour faire œuvre d'artiste et pour donner, suivant les quartiers, la nature, les ressources et le caractère de l'agglomération des centres intéressants, des ensembles architecturaux, des groupements pittoresques, des

54 l'aménagement et h EXTENSION DES VILLES DE FRANCE

perspectives bien ménagées, des coins de verdure reposants et des vues étendues.

Pour obtenir les meilleurs effets, l'urbaniste devra donc d'abord tirer parti de tout ce qui existe : monuments, archi- tecture et nature; puis prévoir et régir, autant que possible, les dispositions d'ensemble et de détail de ce qui sera, pour donner, dans la mesure il en est maître, un aspect sédui- sant et harmonieux.

Chacun des éléments dont il dispose lui fournira l'objet d'une étude il affirmera ses intentions aussi bien peir ses tracés et ses indications que par des règlements.

, . . S'il s'agit de l'aménagement d'une

Les édifices. .,, " ., , '- ..

Ville, sa première préoccupation sera

de conserver les édifices artistiques.

Tous les monuments intéressants du passé, si humbles soient-ils au point de vue architectural ou historique, devront être respectés et mis en valeur. Chaque motif: fontaine, église, ruine, doit avoir la présentation qui conviendra le mieux à son importance et à son caractère. Ici, ce sera l'aménagement d'une place ou d'un léger recul de la voie publique qui déga- gera le monument; ailleurs, ce sera une percée heureusement prévue qui guidera le regard vers l'œuvre intéressante.

L'importance du cadre devra être proportionnée à l'échelle du monument. Telle église gagnera à n'être dégagée que par une petite place; tel palais, au contraire, demandera à être précédé d'un vaste espace libre. Certains édifices seront mieux présentés dans un entourage de verdure, et d'autres, isolés.

La hauteur des constructions environnantes devra, dans certains cas, être limitée de façon que l'œuvre respectée ne semble pas écrasée par leur voisinage.

L'aspect à donner à cet ensemble po'Tra même être prévu afin d'harmoniser, soit par le style, soit par le caractère, les constructions futures avec l'œuvre ancienne.

Ce souci de conservation et de présentation des belles œuvres du passé créera souvent de grandes difficultés. L'urba- niste saura les surmonter et trouver la solution la plus heu- reuse pour chaque cas. Mais encore faut-il qu'on ne l'oblige pas, sous prétexte d'art ou dhistoiie, à considérer comme

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA. CONFECTION DES PROJETS 00

relique tout ce qui vient des siècles précédents. On s'est trop souvent élevé, de parti pris, au nom du respect au passé, contre les architectes qui osaient porter une main sacrilège sur les œuvres de nos pères. Si autrefois la méconnaissance de l'histoire et des styles, qui faisait considérer comme barbare toute œuvre non conforme à la tradition et au goût de l'époque, a provoqué des démolitions et des adjonctions regrettables, il ne faudrait pas, par réaction ou par snobisme, considérer aujourd'hui tout ce qui est vieux comme digne d'être con- servé, et l'admiration des œuvres anciennes ne doit pas s'étendre, par un goût faussé, à tout ce qui vient du passé, que ce soit bon ou mauvais. Ce fétichisme de l'ancien est une grave erreur.

Il y a d'ailleurs peu à craindre qu'à notre époque d'érudi- tion et d'éclectisme, avec la diffusion des conucussances archéologiques et artistiques, des œuvres de valeur soient sacrifiées; et lorsqu'il s'agira de la transformation des villes, les enquêtes préalables, l'intervention des sociétés intéres- sées, sauront toujours signaler ce qui sera digne d'être conservé.

Veillons donc à ne tomber dans aucun abus, dans aucun parti pris, et faisons crédit aux architectes urbanistes, pour qui du reste les œuvTCs du passé sont des éléments intéressants de composition, du soin de discerner ce qui vaut d'être gardé et du souci d'en assurer la conservation dans les conditions les plus favorables à l'aspect de la ville.

jNous regrettons même que cette conservation ne soit pas toujours assurée comme il le conviendrait. Dans les plus grandes villes, on voit trop souvent de beaux édifices en partie dénaturés par des installations malheureuses : des boutiques masquent complètement les bases de l'architecture , des réclames énormes s'étalent sur les façades et sur les balcons '. Ce respect des belles œuvres qui sont du domaine artistique

I. Nous en avons des exemples trop fréquents à Paris même : la belle ordonnance de la place des Victoires est complètement gâtée par les ins- criptions en grandes lettres dorées et par les réclames de toutes sortes qui s'étalent sans aucun souci des façades. Le pavillon de Hanovre dis- paraît sous les tableaux d'inscriptions mis par les locataires, et sous les horribles réclames lumineuses qui traversent tout l'édifice. Espérons que de semblables tolérances disparaîtront bientôt.

56 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

du pays doit être exigé d'abord des habitants, souvent inca- pables d'apprécier l'inlérèt esthétique de leur demeure.

Mais, outre les monuments existants, l'urbaniste aura sou- vent à prévoir et à déterminer l'emplacement d'édifices futurs dont l'importance et la masse seront appelées à jouer un rôle marquant dans l'aspect de la cité.

Pour le choix de l'emplacement, pour la surface à réserver, les indications fournies par le programme sauront le guider. L'habitude de manier les plans, de saisir le caractère de l'édi- fice d'après sa destination, lui fera trouver la présentation la plus adaptée.

Mais cette présentation est liée à la conception même de l'œuvre. Or, dans bien des cas, cette œuvre ne sera pas la sienne et il lui est bien difficile de prévoir comment elle sera conçue.

Il faut espérer que les municipalités sauront alors tenir compte des indications de celui qui a conçu le plan général et s'inspirer, pour l'édifice projeté, quel qu'en soit le proprié- taire, des données fournies par l'urbaniste, dans ses vues d'en- semble, ses perspectives, enfin dans tous les documents il aura exprimé sa volonté précise.

Tout édifice, d'ailleurs, doit préoccuper la municipalité au point de vue esthétique, aussi bien les constructions utilitaires, marchés, halles, écoles, gares, que celles à caractère plus déco- ratif; et c'est à regret que nous voyons trop souvent ces bâtiments construits sans aucun souci de leur aspect et du préjudice qu'ils causent à l'agrément de leur entourage.

Mais les édifices ne sont que Les constructions ,, . . , ,

. , 1 exception, et la masse des cons-

pnvees. .^ ,. .

tructions ordmaires tient une grande

part dans l'aspect d'une ville.

Or, l'ensemble de ces constructions participe de goûts très divers, d'idées disparates qui se juxtaposent et souvent se heurtent; conceptions de nombreux constructeurs qui, tra- vaillant chacun pour son compte, ne se préoccupent générale- ment pas de l'harmonie générale.

Et, sur ces ouvrages, l'urbaniste n'a aucun contrôle; il ne peut être rendu responsable de leur effet plus ou moins heu- reux dans l'aspect d'ensemble.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 57

Ce qu'il peut faire, c'est de mettre en valeur les demeures anciennes ou même les maisons modernes les mieux venues, comme il l'a fait pour les monuments.

Quant aux constructions qui s'élèveront sur les voies qu'il aura tracées, il a également peu d'influence sur leur valeur esthétique propre. Ces constructions seront, elles aussi, l'œuvre collective qui peut dénaturer, par des conceptions très diflcrentes de la sienne, l'ensemble qu'il a prévu.

Pourtant il peut les régir, jusqu'à un certain point, et s'assurer, pour une part, que ces conceptions se plieront, dans leurs grandes lignes, à l'idée directrice.

Pour cela, il a les règlements édilitaires.

Sans empiéter d'une façon générale sur la liberté indivi- duelle, il est, en effet, nécessaire, surtout dans certains quar- tiers qui exigent une tenue architecturale, que les immeubles soient soumis à des règlements esthétiques qui coordonnent, pour un ensemble voulu, les façades dans leur hauteur ou dans leur composition générale, dans leurs lignes principales et même dans certains détails.

Dans certains cas, ces servitudes iront jusqu'à imposer un type d'architecture obligatoire.

Ainsi seront obtenus, ou des ensembles architecturaux net- tement définis, ou des groupements plus ou moins réglés.

Les ordonnances. Les ensembles architecturaux qui ont été si en honneur à nos grandes époques historiques, la place des Vosges à Paris, la place Stanislas et la place de la Carrière à Nancy, la grande place d'Arras, le cours de l'Inten- dance à Bordeaux, tirent leurs effets nobles ou gracieux, et du caractère uniforme volontairement donné aux construc- tions qui composent ce que l'on est convenu d'appeler leur ordonnance, et des proportions qui ont été voulues et cherchées, entre les édifices elles espaces libres, places ou avenues qu'ils bordent.

Les voies qui débouchent sur ces ensembles jouent égale- ment, par leur disposition et leur largeur, un rôle important au point de vue de l'harmonie générale.

Cependant l'ordonnance qui a fourni et peut encore fournir de si belles compositions peut aussi produire des résultats

58 L AMÉNAGEMENT ET l' EXTENSION DES VILLES DE FRANCE

fâcheux; si elle se prolonge trop ou si le ihèmc architectural a été mal choisi, relFet est fastidieux, et nous connaissons tous de ces rues et de ces places qui, certainement, ont plus perdu que gagné à voir leurs constructions soumises à un régime de répétition.

L'occasion de traiter de tels ensembles est du reste forcé- ment rare à notre époque : car, sauf le cas toute une place appartiendrait à une municipalité ou à une seule société, notre état social a trop souci de la liberté individuelle pour imposer, sams raison majeure, d'aussi absolues servitudes.

Le cas cependant peut et doit se présenter lorsque des rai- sons décoratives ou somptuaires l'imposent', sans que l'archi- tecte cependant se croie obligé de pasticher tel ou tel style qui a donné de beaux ensembles.

Mais, en condamnant le pastiche, nous n'entendons pas empêcher la réédification, dans leur état « ante bellum », de certains ensembles intéressants qui appartiennent à l'histoire du pays. Il est certain que la place d'Arras ne doit pas dispa- raître; cette place qui a, par trois fois, été détruite au cours des âges, se relèvera certainement plus belle et plus noble que jamais après la guerre de igi^-igiS, et dans un style qui rappellera ses origines et soii histoire, car, dans ce cas, il s'agira moins d'une création que d'une reconstitution destinée à perpétuer un souvenir.

Les ensembles architecturaux. Mais ces ensembles ne sont pas obligés, dans bien des cas, d'affecter la composition symé- trique et régulière de l'ordonnance; ils peuvent, sans être soumis au principe rigoureux de la répétition, avoir de l'unité par les lignes générales ou par le caractère. Les règlements spéciaux de hauteur et d'alignement peuvent fixer, par exemple, les hauteurs d'étages et imposer une corniche de cou- ronnement commune à tous les immeubles, ou soumettre les constructions, dans leur ensemble ou dans une partie, à un caractère défini, ou rendre obligatoire 1 emploi apparent de matériaux déterminés.

I. C'est ainsi que plusieurs projets de place ordonnancée ont été exposés déjà, en vue de laniénagement de la Porte-Maillot à Paris.

PRINCIPES DIUECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 69

Les exemples sont fréquents dans le passé, de ces ensembles qui, sans former des ordonnances strictes, présentent dans toute la continuité des constructions des caractères communs : la Grand" Place de Bruxelles, outre son admirable hôkl de ville, est particulièrement intéressante par la suite de pignons, très variés dans le détail, mais présentant tous un air de famille, qui entourent la place.

Certaines rues ou places en Italie et en Suisse, à Bologne par exemple, ou à Berne, sont bordées de maisons très diverses et sans grand intérêt particulier, mais prennent une harmonie d'ensemble par les portiques en arcades qui forment pro- menoir au rez-de-chaussée ou par la saillie des toits en ligne continue. La place des Vosges, à Paris, est un bel exemple de l'harmonie que peut créer l'emploi imposé de certains matériaux.

Les constructions banales. Mais les ensembles architectu- raux, régis par l'obligation de lignes ou d'éléments communs, ne trouvent place que dans certains quartiers.

Ce qui forme la masse construite la plus étendue, ce sont les maisons et les bâtiments ordinaires, desquels il est impos- sible de dégager un sentiment esthétique général. Presque toujours ces constructions poussent sans ordre, se groupent au hasard, sont médiocres et banales, disproportionnées, criardes ou mal placées, et c'est une chance encore si, dans une majorité d'oeuvres quelconques, ne s'en trouvent pas quelques-unes vraiment laides.

11 n'est pas difficile de découvrir la cause d'une telle faiblesse dans la conception de ces œuvres : « L'architecte véritable, celui qui a fait des études sérieuses en technique, art de con- struire, histoire des arts, composition, qui sait observer, com- parer, plier son imagination aux données pratiques des pro- priétaires sans se laisser entraîner à des erreurs grossières et à des hérésies, qui sait chercher, pour le moindre problème, pour l'œuvre la plus simple et la plus élémentaire, la solution la plus heureuse et vraie, la plus harmonieuse, est trop sou- vent remplacé dans des fonctions sa présence serait néces- saire, par des gens sans culture, sans aucune instruction, sans autre bagage professionnel qu'un court stage dans un bureau

6o l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

plus OU moins coté, et qui se lancent hardiment, établissent des plans, croient masquer leur ignorance artistique sous un fatras de décorations laides, et exécutent ces travaux avec des entrepreneurs souvent presque illettrés et simplement assoiffés de gains.

« C'est dans ces circonstances que se créent bon nombre de maisons locatives élevées par spéculation dans nos villes et à leurs abords. Etude esthétique des maisons et de leur groupe- ment, composition et détails d'architecture, couleurs, propor- tions, choix des matériaux, harmonie des constructions entre elles, toutes ces notions sont méconnues ou imparfaitement suivies, et l'on s'étonne de l'enlaidissement de nos cités et de leur banlieue.

« Le motif de cette faillite du sentiment artistique, c'est la hâte de s'établir, la hâte de bâtir et de gagner, chez un trop grand nombre de gens peu scrupuleux qui, sans conscience de leur rôle néfaste, ne cherchent, dans l'exercice d'une pro- fession qu'ils ignorent, qu'un but de lucre.

« Qui donc porte le dommage de cet état de choses.'' Tout le monde : le public qui circule en ville, qui parcourt le dimanche nos banlieues et nos campagnes, le public locataire qui doit s'accommoder des laideurs prétentieuses qu'on lui offre comme logis et des laideurs qu'il voit de ses fenêtres... »

Ces lignes sont extraites d'un très remarquable rapport de M. Rosset, directeur des travaux de la ville de Lausanne, sur un projet de règlement de police des constructions.

Nous examinerons plus loin les conclusions que l'éminent directeur tire de ces observations jjour l'établissement des règlements.

Pour l'instant, constatons avec regret que ces vérités peu- vent trop souvent s'appliquer aux villes françaises !

Pour remédier à cette laideur, ou tout au moins à cette médiocrité générale, il faudrait que tous les constructeurs aient du talent, car le talent sait aussi bien conduire à la sobriété qu'à la somptuosité, et que les propriétaires n'aient pas la prétention de posséder à bon compte des œuvres d'un cachet trop original ou d'une allure pseudo-historique. Com- bien de fois avons-nous constaté, dans une ville ou dans un quartier aux lignes simples et tranquilles, telle maison préten-

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 6l

lieuse qui, par la mauvaise interprétation d'un style caduc, par un abus de motifs Inutiles, par un mélange de décorations soi-disant de style, par l'emploi de matériaux hétéroclites ou truqués, jette dans son entourage un trouble discordant I C'est tantôt une stupide réduction du château de Blois ou de Che- nonceaux en fausse pierre qui gâte l'aspect d'une place ou d'une avenue et choque par son anachronisme. C'est ailleurs une maison dite normande, qui projette sa surabondance de pignons, de pans de bois, de tourelles et de lucarnes, à l'entrée d'une ville bourguignonne ou sur la place d'une bourgade champenoise.

Le caractère local. Combien préférables sont les petites villes ou les villages auxquels ne sont pas venus s'imposer le « Château » ou la résidence du riche parvenu, auxquels des pouvoirs publics bien avisés ont su éviter la Caisse d'Epargne ou l'Hôtel des Postes en style monumental. Ceux-là sont restés fidèles à leurs traditions locales, n'ont pas cherché à faire autre chose que ce qui s'est fait, et à défaut de beauté ont trouvé l'harmonie et la simplicité.

Il serait bien désirable, puisque le talent ne peut être par- tout, qu'au moins le bon sens et la sincérité soient la règle générale et que les propriétaires, soucieux de l'ensemble de leur cité et fiers des traditions de leur province, n'aillent pas chercher ailleurs les thèmes architectoniques de leurs con- structions et qu'ils se bornent à essayer de faire mieux, au lieu de chercher à faire autrement que les autres.

Le désir de créer des œuvres suivant le style régional, même si l'étude n'en était pas parfaite, ferait naître des ensembles présentant un caractère local affirmé; et si l'on aménage Lille ou Dunkerque. ou d'autres villes du Nord ou de l'Est, on ne saurait trop recourir aux modes de construction locaux qui rendront à nos villes leur saveur particulière.

Nos styles régionaux sont très variés, et chacun d'eux est assez riche en modalités diverses pour que la monotonie dans chaque ville ne soit pas à craindre.

Le pittoresque. Cette variété même fournira à l'urbaniste l'occasion d'user d'un autre mode d'esthétique tiré du pilto-

62 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

resque. Les propriétaires restant libres de construire suivant leurs goûts, les bâtiments, même conçus dans un même style ou édifiés avec des matériaux de même nature, resteront très divers. Ils ne soutiendront pas tous les intentions de 1 urbaniste et viendront même souvent les contrecarrer, mais de cette variété, de l'imprévu, de l'opposition même qui se rencontrera entre voisinages, sortiront souvent des effets intéressants.

Les silhouettes inattendues, les alignements brisés, tantôt en bordure de la voie, tantôt en retrait, donnent quelquefois une impression de surprise, mais évitent l'ennui.

Les villes des Flandres belges et les petites villes italiennes nous donnent de fréquents exemples de cette variété infinie et de ce pittoresque qui ne nuisent en rien à l'harmonie.

, , , . Les rues droites ou courbes, en

L agrément des voies. , , ... i ,

prolongement rectihgne ou bnse,

les voies encaissées ou dégagées, celles qui traversent une

dépression en cuvette ou franchissent une légère élévation en

dos d'âne, sont autant d'occasions de perspectives lointaines

ou de silhouettes variées'.

Le tracé d'avenues plantées, traversant l'agglomération ou ceinturant la ville, comme les « Cours » si fréquents dans le Midi, prêtent à de beaux effets décoratifs; la disposition des places, des carrefours rayonnants, ont fourni de tout temps des effets remarquables. Les villes italiennes de la Pré-Renaissance et de la Renaissance nous ont légué des l^laces d'un charme et d'un pittoresque extraordinaires, tantôt réglées en partie dans leurs compositions, tantôt livrées au hasard des percées et des rencontres de rues. Il est vrai que les constructions qui les bordent, si simples et si variées soient-elles, portent toutes le cachet d'art qui émane des œuvres de ces époques.

Bien des villes de France possèdent aussi de charmantes places, des carrefours la masse des bâtiments en bordure, sans présenter un caractère particulier, est bien en rapport

I. Cette disposition en dos d'âne est généralement condamnée et jugée défectueuse en raison du manque de fond perspectif. Xous estimons que rieu n'est condamnable à qui sait en tirer un bel effet. La Place de l'Etoile est concluante à ce sujet.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 63

avec la dimension de l'espace libre, et c'est une des condi- tions primordiales pour le bon aspect des voies.

Les ressources ^u point de vue pittoresque,

naturelles. l'urbaniste n'est pas limité aux

beureuses rencontres du hasard ; il a pour lui les ressources de la nature et il doit en usej large- ment. Il prendra avantage, par exemple, des mouvements du terrain, des cours d'eau, des perspectives et des points de vue. Si la ville ou une partie de la ville s'élève en pente plus ou moins accentuée, il établira des rampes, des escaliers, des lacets, qui inciteront les constructions à s'étager suivant un certain rytbme. Il saura préparer des jeux de silhouettes et, par des échappées en terrasses, réserver des vues sur les lointains.

Si la ville englobe un sommet un peu élevé, un édifice bien silhouetté, dressé sur ce point, pourra fournir un fond per- spectif aux voies qui y accèdent et déterminer dans la ville la direction des diverses voies, même si elles n'y aboutissent pas'.

La verdure Enfin les ressources les plus fécondes en effets nobles ou charmants sont fournies par la verdure. Dans la mesure oii le permet la nature, elle doit être répandue partout dans la ville; les arbres, les gazons, les arbustes et les fleurs doivent trouver place dans tous les quartiers, en jardins, en squares, en allées plantées, en bordures de maisons. C'est l'élément qui donnera le plus de grâce et d'agrément à la ville. Sans parler des jardins publics et des parcs, qui seront aménagés les uns en pleine ville, les autres sur la péri- phérie, avec tout le luxe de verdure possible, les ailées serpenteront entre des massifs d'essences variées parmi les pelouses et les arbres, oh des parties traitées en jardins à la française, des terrasses, des portiques décoratifs, des fragments anciens mêlant les lignes calmes de l'architecture aux vertes frondaisons, les pièces d'eau, les bassins, peuvent ajouter tant de charme, on doit prévoir, répartis dans tous les quartiers,

I. Un des meilleurs exemples contemporains est la Basilique du Sacré- Cœur à Paris, (jui apparaît en fond de vue extrêmement heureux pour de nombreuses voies parisiennes, notamment pour l'avenue Montaigne et la rue de Solférino, qui pourtant sont loin d'y conduire.

6i l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

le plus possible de squares; lieux de repos et d'ombrage, établis soit sur un petit lot pris entre des rues parallèles, comme le square Cluny ou le square Montholon ou tant d'autres à Paris; soit au milieu d'une place, comme la place de la Nation ou la place du Trocadéro.

Les allées-promenades, avenues élargies pour l'agrément plus que pour la circulation, comportent des pelouses ver- doyantes, des fleurs et des arbustes, entre des voies de cir- culation, comme l'avenue de Bretcuil, ou de chaque côté d'une voie centrale avec voies secondaires desservant les immeubles en bordure, comme l'avenue du Bois-de-Boulogne. Ces avenues-promenades ont toujours un aspect très décoratif, surtout lorsqu'elles aboutissent à quelque monument impor- tant, comme c'est le cas dans les exemples que nous venons de citer.

Mais la verdure fournie par les jardins publics, les squares et les promenades, ne représente, nouslavons vu, qu'une faible partie de la masse totale de végétation comprise dans la ville. Les jardins privés, grands ou petits, les cours plantées, y ont une part considérable qu'on devra s'efforcer d'augmenter partout oîi cela sera possible.

La verdure devra être répandue dans les quartiers d'habita- tion. Nous avons vu précédemment que. par des règlements appropriés aux zones d'extension, la surface non bâtie devait, sur chaque lot, être réservée dans une grande proportion, et la hauteur des constructions, très limitée. ÎNécessaires pour rhvgiène, ces mesures serviront aussi l'esthétique, car elles impliquent la création de nombreux jardins privés, dont la masse de verdure, dépassant les bâtiments, profitera à tous, par la vue tout au moins. C'est également dans cette intention que nous avons préconisé les alignements de façades en ordre non contigu, c'est-à-dire avec interruption par des espaces ' libres, suivant des longueurs construites maxima et des lar- geurs de vides minima. Cette disposition, si avantageuse pour l'hvgiène, permet à la verdure des jardins de venir déborder sur la voie publique, sans autre séparation qu'un mur-bahut assez bas surmonté d'une grille.

Les alignements en retrait de la voie publique avec zones non œdificandi en bordure devraieiit être imposés dans les

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 65

voies qui ne comportent pas de commerce de détail et l'utilisation des rez-dc-chaussée n'exige pas de boutiques. Ces zones, séparées de la voie par une grille, sont aménagées obligatoirement en jardinets privés qui ajoutent un grand charme aux rues et avenues. Leur largeur ne devrait pas être de moins de cinq mètres. Cependant, dans les aménagements de quartiers existants, il sera bon, chaque fois que cela sera possible, d'imposer ces servitudes, même réduites à deux ou trois mètres. Des massifs d'arbustes et des plantes grimpanles, dont l'emploi devra être recommandé, cachent la médiocrité ou la laideur des constructions. Traités avec goût, ces revête- ments de fleurs en espaliers et ces entourages de verdure peuvent corriger et rendre très agréables telle rue ou tel quar- tier dont la banalité semblait irrémédiable.

Les cités-jardins. Ce souci d'agrément par la verdure devra préoccuper également les pouvoirs publics en ce qui concerne les quartiers ouvriers et les extensions de la banlieue. Nous avons vu que les logements ouvriers sont, dans nos villes et nos banlieues, presque toujours dépourvus de jardins, ou, s'ils sont traités en cités ouvrières avec jardinets, c'est en général suivant une division régulière, un lotissement en damier, ennuyeux et monotone, qui révèle le seul souci de tirer le plus possible de lots égaux du terrain et le plus de bénéfices de l'opération. Le soin d'apporter quelque agrément, de donner du charme à ces groupements, de réserver des espaces boisés ou des terrains de jeux, semble rarement tenir une part dans ces conceptions.

La cité-jardin, qui a donné de si jolies créations en Angle- terre et en Amérique, avec ses petites constructions isolées ou groupées par deux ou par quatre, avec des massifs de verdure bien composés, avec ses allées sinueuses, ses pelouses, ses ombrages, est trop peu répandue en France. Espérons que dans les nombreuses améliorations qui suivront le nouvel essor de nos industries, une large part sera faite, dans les quartiers ouvriers, aux cités-jardins, organes de plus en plus nécessaires à la vie sociale, au fur et à mesuie que s'accroît l'agglomération ouvrière.

Le même souci doit s'appliquer, du reste, à tous les lotis-

CITES DETRUITES.

66 l'amiénagement et l'extension des villes de fraxce

sements faits en banlieue, qu'ils s'adressent à la classe ouvrière ou à la classe bourgeoise. Combien avons-nous vu de ces opérations privées, faites si maladroitement que d'un parc ou d'un bois charmant il ne restait que quelques arbustes, perdus dans un chaos de bâtisses informes, de guinguettes, de maisonnettes à fausse allure de villas, parmi lesquelles l'agrément de la campagne n'est plus qu'un souvenir. Un peu de soin dans l'étude de ces lotissements, une compré- hension un peu plus large du but à atteindre eût pu conserver à ces banlieues leur charme naturel.

A ce point de vue encore, nous aurions beaucoup à apprendre des Anglais, si respectueux de la verdure et du pittoresque dans leurs extensions suburbaines.

Enfin si les villes ne sont pas toutes favorisées par l'abon- dance de la végétation, du moins peuvent-elles faire pénétrer partout la verdure par des plantations d'arbres sur les plus grandes voies. A défaut de jardins nombreux, c'est donner, en même temps que la salubrité, un agrément certain à la circulation. Paris, par exemple, qui passe pour être ime des capitales les moins riches en jardins publics, est peut-être celle qui possède le plus de verdure, grâce à ses innombrables avenues, boulevards et rues plantées d'arbres.

Les effets d'eau. Beaucoup de villes possèdent, en outre de la verdure, des eaux en abondance. 11 y a celles, comme Melun, Metz, Rouen, que traverse un fleuve ou une rivière et qui tirent de si jolis décors des ponts, des îles, des avenues- promenades, des jardins publics ou privés descendant jusqu'à la berge. D'autres sont sillonnées par les ramifications dune rivière en ruisseaux multiples, tantôt longés par les rues, tantôt traversés par des ponts d'où la vue suit les méandres à travers les maisons et les jardins.

L'attrait particulier de Montargis, Lisieux et de tant d'autres petites villes tient à l'imprévu des cours d eau qui les sillonnent.

Un grand nombre de cités, privées de ces ressources si fécondes en effets pittoresques, se sont assuré, par la captation de sources proches, l'eau en abondance. Mais trop souvent la voyons-nous réservée uniquement aux besoins hygiéniques de la ville ou parcimonieusement dépensée en fontaines publiques.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 67

C'est compréhensible, lorsque le débit d'eau captée est limité et suffit à peine aux besoins; mais, dans bien des cas, les sources produisent beaucoup plus qu'il n'est utilisé, et, avec de minimes frais supplémentaires d'installation, pourraient alimenter, outre les aménagements hygiéniques, des cascades, des fontaines, des allées d'eau pour l'agrémentation des jardins et des avenues. Ce sont des éléments d'un réel effet décoratif, dont on n'use pas suffisamment en France et qui ajouteraient un charme très grand à nos villes.

C'est une des gloires de ÎNîmes d'avoir su, avec tant d'art, faire participer les eaux couremtes à ses jardins, à ses ruines si heureusement adaptées, et à ses avenues.

Nous avons déjà signalé, au sujet Les accessoires , ,,, ., '', . ...

. , . de 1 riYSfiene urbaine, 1 mconve-

de la voie. i i

nient des nombreux accessoires qui

encombrent fréquemment les grandes voies.

Les édicules de toutes sortes, les kiosques de vente, les cibris-stations de transports publics, nécessaires dans une certaine mesure, prêtent également au point de vue esthétique à des abus regrettables et gâtent souvent l'aspect des voies.

Si on ne peut les supprimer, au moins devrait-on exiger que ces édicules n'aient pas, les uns un aspect misérable, les autres des formes ridicules ou des surcharges d'ornements en fonte, ou en zinc estampé, ou en bois découpé, affreux quand ils sont neufs, lamentables quand ils sont détériorés, ce qui arrive vite.

Des motifs étudiés avec soin, exécutés en matériaux de bonne apparence, traités avec élégcmce et simplicité, sans effets de couleurs désagréables ou déplacés, loin de nuire à l'aspect des avenues, pourraient être intéressants. Encore faudrait-il qu'ils fussent bien entretenus et qu'on veillât à ce qu'ils ne tombassent pas dans l'état de délabrement on les voit fréquemment.

Le mobilier des voies devra être étudié avec le même souci. Lampadaires d'éclairage, poteaux des fils de transmission électrique, bancs, etc., devront être préservés de toute déco- ration prétentieuse et de toute peinture criarde. On a abusé, pour tous ces objets, de la fonte ornée, fort laide en général

G8 l'aménagement et l'extension des villes de fr.\nce

aussi bien par le modèle que par l'exécution. Si ce matériau est pratique, au moins devrait-il être employé avec goût et traite avec soin.

Les monuments commémoralifs. Enfin il n'est pas de si petite ville qui ne possède un ou plusieurs monuments commé- moralifs ou simplement décoratifs. Autant ces monuments peuvent ajouter au décor, s'ils sont bien conçus et s'ils sont en harmonie avec leur entourage, autant ils sont gênants s'ils sont mal composés, prétentieux ou peu en rapport avec le cadre. Dans le but très louable d'honorer et de perpétuer la mémoire de leurs grands hommes, les municipalités sont portées à .accepter des monuments commémoralifs souvent trop importants et composés avec un abus de personnages symboliques, d'attributs, de bas-reliefs. Les silhouettes désagréables, déchiquetées, incompréhensibles de loin, doivent être évitées. Après cette guerre tant de héros mériteront d'être commémorés par leurs concitoyens, souhaitons que leur souvenir soit rappelé par des monuments sobres qui, sans geste théâtral et inesthétique, redisent simplement par une inscription, un bas-relief ou un emblème, la grandeur sublime de leur mort.

Les monuments purement décoratifs, statues, vases, colonnes, etc., doivent aussi être choisis et répartis avec tact. Nous avons en France assez d'exemples de ces beaux sujets décoratifs dans les villes et dans les jardins, pour guider le goût et éviter des erreurs regrettables.

„. , Enfin l'urbaniste devra lutter,

Les affiches j . , . . ,. ,

^ , , , de concert avec les municipalités et les réclames

bien intentionnées, contre une

plaie qui s'étend de proche en proche à tous les quartiers et

à toutes les villes. C'est la réclame qui, sous les formes les

plus diverses, envahit d'abord les boutiques, puis les kiosques,

puis, au fur et à mesure que le commerce s'empare des étages,

s'étale sur les balcons, sur les trumeaux entre les fenêtres,

puis enfin escalade les toitures pour attirer de loin le regard

du passant. Des inscriptions colossales couvrent de couleurs

hurlantes les vieux pignons restés libres de constructions;

enfin les réclames lumineuses, les écrans, les panneaux.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 69

jettent le soir leurs lumières agressives, fixes ou à éclipses. De jour et de nuit, la réclame violente et brutale anéantit tout souci d'harmonie.

Déjà nous nous sommes élevés contre l'envaliissement des plus parfaits ensembles d'architecture ancienne, et ce que nous demandions alors par respect pour des chefs-d'œuvre, nous le demandons maintenant par respect pour l'esthétique urbaine. La réclame ne peut être supprimée, mais il semble qu'au lieu de rechercher des excentricités du plus mauvais goût, elle pourrait être aussi effective, en s'adaptant aux ligues architecturales auxquelles elle se superpose. Il y a eu, dans ce sens, des essais réussis, à l'entrée de certains théâtres ou music-halls, et des motifs bien étudiés en décoration lumi- neuse pourraient rendre supportable ce qui, trop souvent, n'a été que laideur choquante.

LES RÈGLEMENTS

Nous avons remarqué, au cours de cette rapide étude, la part que tient la réglementation dans les questions d'urba- nisme.

Les règlements édilitaires sont en effet le complément nécessaire de toute étude d'aménagement urbain ; ils complè- tent et précisent tous les points que les plans et documents graphiques ne peuvent indiquer et établissent les servitudes auxquelles les constructions doivent se soumettre pour le bien général. Enfin ils rendent durables et obligatoires les mesures qui en sont la conséquence.

Parmi les servitudes auxquelles nous avons fait allusion, les unes sont généralement appliquées ; mais il en est beau- coup d'autres que nous indiquons comme nécessaires, à notre avis, à toute évolution urbaine, mais qui, dans l'état actuel de notre l'églementation administrative, ne sont pas encore rendues obligatoires.

La nécessité de réglementer la circulation et l'hygiène dans les agglomérations a été reconnue depuis longtemps. Toutes les villes de quelque importance possèdent des règlements de voirie qui régissent les alignements, la hauteur et les saillies des maisons, et des polices des constructions qui assurent

70 l'aménagement et l' extension des villes de FRANCE

l'observation des principes essentiels d'hygiène dans l'intérieur des immeubles.

Les agglomérations de moindre importance, qui n'ont pas édicté de règlements édilitalres, sont tout au moins soumises aux lois sur la salubrité publique.

Ces règlements, dans la limite des servitudes qu'ils impo- sent, ont été généralement étudiés avec soin. Ceux de la ville de Paris, par exemple, sont très complets et graduent judi- cieusement tous les cas. En les acceptant, même comme excel- lents pour le centre urbain, sont-ils suffisants pour un cas d'extension .-•

De plus, ces règlements ne touchent pas à l'esthétique; ils sont même élaborés avec le souci de n'apporter nulle entrave à la recherche des architectes et de laisser la plus grande liberté à leurs diverses interprétations.

Par ailleurs, un grand nombre de villes étrangères, au moment des extensions importantes étaient décidées, ont cru devoir, à ce sujet, renforcer leurs règlements de voirie et aborder franchement la question esthétique en soumettant les constructions à un certain nombre de mesures restrictives. Est-ce parce que ces villes ont plus à craindre l'enlaidisse- ment que les nôtres, est-ce parce qu'elles sont plus pré- voyantes.'' Jusqu'à quel point la réglementation doit-elle s'immiscer dans l'esthétique urbaine? Ce sont des questions extrêmement délicates.

Comme, dans ces règlements, toute mesure en faveur de l'hygiène profite à l'esthétique, nous ne séparerons pas ces deux ordres de considérations dans cette étude d'ensemble.

Les vieilles cités d'Italie, des Pays-Bas ou de France, les bourgades de Suisse ou d'Allemagne du Sud, les vieilles villes espagnoles, qui toutes ont un charme si pénétrant d'art et de pittoresque, se sont élevées librement, et la contrainte imposée par des règlements rigoureux eût probablement détruit tout ce qui fait aujourd'hui notre admiration. JNul tracé savant, nulle servitude draconienne, ne sont venus régler les merveil- leuses villes du Moyen Age et de la Renaissance ; elles furent l'œuvre de tous; propriétaires, artisans, confréries, églises, corporations, autorités, qui concevaient leur œuvre avec amour, qui mettaient dans ses proportions, ses formes, ses

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTIOJ» DES PROJETS 7 X

détails, son coloris, toute la recherche ingénieuse de leur goût personnel. Mais ce goût lui-même était toujours soumis aux traditions, seules règles auxquelles il obéit, traditions de l'époque et du pays. Et c'est ce qui, dans l'infinie variété des conceptions, conserve à l'ensemble une harmonie si caracté- ristique.

Le problème, il faut bien le reconnaître, était bien moins complexe qu'aujourd'hui. La population, généralement peu dense par rapport à la surface de l'agglomération, se logeait facilement dans des maisons à un ou deux étages. Si active qu'elle ait été, cette population n'était pas gênée par les détours auxquel l'obligeait l'irrégularité du tracé des rues, la circulation s'accommodait assez bien des encombrements passagers. Les villes, peu étendues, étaient bien vite traversées et la proximité de la campagne voisine compensait facilement l'absence de jardins publics; les places, du reste, servaient à la fois aux marchés, aux réunions, à la promenade. Dans l'habitation même, les pièces nécessaires pour manger et dormir suffisaient; le confort et la salubrité étaient choses ignorées ; et nous voyons encore des distributions d'étages et des installations qui, pour ne remonter qu'à un siècle, nous paraîtraient inhabitables, aussi bien pour notre commodité que pour nos habitudes d'hygiène.

Aujourd'hui les conditions urbaines sont bien changées. La circulation intense, les véhicules nombreux et rapides, sont la conséquence d'une activité plus précipitée. D'où nécessité de réglementer cette circulation pour éviter les accidents et la gêne. La densité croissante de la population, l'entassement des locataires qui voulaient se loger au plus près de leurs occupations, ont amené dans les immeubles une superposition d'étages que la situation ne prévoyait pas. Le terrain a pris plus de valeur, et a été ménagé avec soin, ce qui a fait tirer de ce terrain le maximum de surface utilisée : les cours ont été maintenues étroites entre des constructions plus élevées, et, pour prévenir ou limiter cette emprise de l'utilitarisme sur les réserves d'air nécessaires, on a réglementer la hauteur des maisons, la hauteur des étages, les conditions d'éclairage et de ventilation des pièces habitables.

Mais le souci de conserver aux agglomérations un aspect

7?. L AMENAGEMENT ET L EXTENSION DES VILLES DE FRANCE

esthétique que l'évolution vers l'utilitarisme lui faisait perdre n'a été compris que tardivement. On a cru qu'il suffisait d'ouvrir des voies plus larges, de les planter d'arbres, de créer quelques lieux de verdure, pour rendre aux cités l'agré- ment qui leur manquait. Cela certes n'a pas été sans résultat, mais on a bientôt constaté que cet effort était insuffisant pour lutter contre l'enlaidissement des villes.

On a cru atteindre en France la limite des servitudes pos- sibles en imposant la zone non œdificandi, réservant en bor- dure de certaines voies une bande de jardinets; encore cette obligation n'a-t-elle été appliquée que très exceptionnellement.

Quant à oser régir l'aspect de la construction elle-même, cela nous a semblé, dans notre pays de liberté, une atteinte à des droits imprescriptibles.

De même on n'a pas su concevoir qu'il y aurait intérêt à ce que les règlements diflèrcnt suivant l'objet de leur applica- tion ; cela heurtait notre principe constitutionnel de l'égalité de tous devant la loi.

Habitués peu à peu à la banalité des rues, on n'a été frappé de leur enlaidissement par des constructions médiocres, ines- thétiques en elles-mêmes et inharmonieuses entre elles, que lorsque cette laideur a atteint, par voisinage, des ensembles réputés pour leur beauté. Alors seulement on a été choqué par les fâcheuses conséquences d'une tolérance trop insoucieuse de l'harmonie générale.

C'est ainsi qu'on avait pensé suffisamment garantir la place de l'Etoile en réglementant les façades en bordure directe de la place; mais, lorsque, au-dessus des hôtels ordonnancés qui forment ceinture à cet admirable ensemble, on a vu émerger les bâtisses élevées en seconde ligne et qui, échappant à la servitude de la place, n'étaient soumises qu'au règlement général et avaient même profité de certaines tolérances com- plaisantes, on s'aperçut trop tard que ces constructions, éle- vant leurs silhouettes inopportunes au-dessus de cet ensemble majestueux et calme, en détruisaient l'harmonie, et on com- prit que des considérations impérieuses s'opposaient à ce principe égalitaire d'un règlement unique s'appliquant à toutes les constructions, quels que soient leur rôle et leur emplacement.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS '^3

C'est alors qu'animé d'intentions esthétiques, mais retenu encore par la crainte d'empiéter sur la liberté individuelle, on imposa, dans certains cas, des servitudes spéciales, en vue de donner de l'unité aux ensembles, et, lorsque se présenta le lotissement des terrains en bordure du Champ-dc-Mars par exemple, on se préoccupa d'harmoniser les constructions futures avec le cadre et de leur imposer des dimensions qui ne nuiraient pas au splendide décorde l'Ecole Militaire. Mais, au lieu d'imposer franchement une ordonnance ou tout au moins des lignes générales, on se contenta d'établir, pour les constructions en première ligne, une hauteur maxima moindre que celle prévue par le règlement général et un alignement en retrait régulier. Et le résultat a malheureusement montré combien trop timide était cette réglementation; les immeubles en bordure sont plus bas que les autres, mais présentent dans leur ensemble un désordre encore plus choquant ; c'est une juxtaposition d'édifices hétéroclites, les uns en briques, les autres en pierre ou en grès émaillé ; les uns composés en lignes simples, les autres tourmentés, les uns couronnés d'une terrasse plate, les autres surmontés de toitures élevées en ardoises ou en tuiles, présentant des aspects et des silhouettes si chaotiques, qu'on ne peut concevoir que ces ensembles soient régis par un règlement commun.

Le but n'a pas été atteint parce que les mesures de servi- tude n'ont pas été assez strictes.

Autrefois, du temps une tradition unique guidait les constructeurs dans leurs recherches, les matériaux en usage étaient ceux fournis par la contrée, ce règlement eût assuré à 1 ensemble des constructions une unité suffisante.

Mais aujourdhui l'inspiration ou les tendances ne sont plus liées à une tradition, mais prennent comme thème l'un des styles passés ou la recherche d'une originalité toute person- nelle; les matériaux dont on peut disposer se sont multipliés par le progrès de l'industrie et par les importations de produits lointains. De plus, certains constructeurs, au lieu de se sou- mettre à l'esprit d'un règlement, cherchent à tirer parti de leur terrain pour le plus grand rendement possible et à tourner ce règlement par tous les moyens.

Aussi, pour obtenir des ensembles ayant à défaut dordon-

yA l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE .

nance une certaine unité, devons-nous nous montrer beau- coup plus stricts et plus explicites dans les servitudes édictées.

Cela est nécessaire pour des raisons qui sont différentes s'il s'agit des vieux quartiers ou des extensions nouvelles.

Nous avons vu que, pour conserver à un beau monument du passé le cadre qui lui convient, il ne suffit pas de le dégager de la meilleure façon, mais qu'il faut limiter la hauteur des maisons environnantes, pour que l'édifice intéressant ne soit pas diminué ou écrasé par son voisinage. Dans certains cas même, une unité d'aspect devrait être obtenue par l'obliga- tion d'un style ou du moins par l'exclusion de toute étude échappant à une tradition reliée aux styles anciens.

Une semblable servitude, que nous reconnaissons si judi- cieuse, pourrait nous sembler un peu lourde ; c'est pourtant un droit et même un devoir pour les pouvoirs qui ont la responsabilité de la beauté de leur viUe, de prendre les mesures nécessaires pour la protéger et en conserver les joyaux.

L'architecture urbaine est le seul art qui s'impose forcé- ment à tous, il n'est plus propriété privée, mais dans une certaine part appaitient à la communauté puisque nul ne peut échapper à sa vue. Chacun n'est donc pas libre de la traiter à sa guise, sans souci du rôle qu'elle joue dans l'ensemble et du préjudice qu'elle peut causer à son voisinage.

Certaines villes étrangères, dans leur désir de sauvegarder les trésors d'art qui leur viennent du passé, n'ont pas craint d'étabhr ce principe. C'est ainsi que la ville de Lausainne, préoccupée du sort et de l'avenir de son vieux quaitier appelé « la Cité », a imposé le règlement suivant :

I. En règle générale les voies seront maintenues dans la largeur actuelle.

II. La hauteur de toutes les maisons comprises dans ce péri- mètre sera de 12 m. 60 à la corniche, même pour les constructions qui bordent une place publique ou une voie dont la largeur dépasse 12 mètres (c'est-à-dire dont la largeur correspond dans le règlement général à un maximum de hauteur plus grand).

III. L'architecture des constructions sera soumise à l'appro- bation de la municipalité, elle s'inspirera des stj-les antérieurs au XIX' siècle.

IV. Les plans des façades seront soumis à la municipalité ainsi

PRINCIPES DIUECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 75

que les profils des toitures avec indication des matériaux et couleurs des peintures; la molasse ou le grès seront employés comme pierre de taille, les toitures seront en tuiles.

V. La municipalité interdira et, le cas échéant, fera enlever toute affiche, réclame, ou toute enseigne qui porterait atteinte à l'aspect du quartier; les affiches lumineuses seront notamment prohibées.

Ainsi seront conservés, par l'article I, le caractère des voies, par les articles suivants le caractère des constructions. Un semblable règlement restreint, certes, la liberté de chacun dans une grande mesure, mais reconnaissons qu'appliqué avec tact et avec goût il assure aux édifices que renferme la ville un cadre bien à l'échelle et bien dans le caractère.

De semblables servitudes se limitent, du reste, forcément à des parties très localisées, à un quartier, si, comme à Lausanne, la viUe ancienne est ramassée en un centre unique, à quelques places ou à quelques rues dans d'autres villes riches en monu- ments anciens.

Ces mesures n'ont rien d'utopique et laissent toute liberté à la ville nouvelle, les percées larges et spacieuses, l'archi- tecture moderne, sont des nécessités de notre époque.

En dehors des centres historiques, la ville existe, et, telle qu'elle est, le règlement général qui la régit assure suffisamment la salubrité publique. Des percements nouveaux, reconnus nécessaires pour la circulation croissante, en amélioreront les conditions. Peut-être la municipalité, de plus en plus soucieuse de l'aération de la ville, en profitera-t-elle pour se montrer un peu plus exigeante, mais il est peu probable qu'à cette occasion elle rénove nettement son règlement de voirie.

Mais, pour les quartiers d'extension qui vont étendre la ville dans plusieurs directions peut-être, et sur des surfaces considérables, est-il logique que ce règlement subsiste sans grande modification.^ Ce qui est suffisant pour une ville le sera-t-il encore quand cette ville sera doublée, et par consé- quent quand les réserves d'air pur que sont les campagnes environnantes seront reculées plus loin ? Ne doit-il pas au contraire y avoir une sorte de gradation des masses construites, entre le centre très dense et la campagne suburbaine ? C'est ce que comprennent les habitants qui quittent les quartiers du

■y 6 l'aMÉNAGEMEM' et l'extension des villes de FRANCE

centre pour chercher dans la périphérie plus d'airet de lumière. Or celte gradation doit porter sur la largeur des voies d'accès, sur la hauteur des maisons et sur les réserves d'air qui doivent être de plus en plus grandes au fur et à mesure qu'on gagne les zones extérieures.

Et là, une municipalité a une liherté d'action beaucoup plus grande : car, au lieu de se trouver devant un état de choses existant qui ne peut être modifié qu'avec ménagements, elle a devant elle des zones peu construites et d'une valeur bien moindre, oîi elle ne sera plus entravée dans ses tracés et dans ses règlements.

11 doit en être ainsi, du moins si la ville a pris la précaution d'établir son plan d'extension en temps utile, c'est-à-dire avant que la zone envisagée n'ait été accaparée par la spéculation. Les règlements peuvent alors prévoir toutes les mesures propres à assurer à cette extension les meilleures conditions d'hygiène et d'esthétique ; et pouvant le faire, ce serait faute grave, à notre sens, de le négliger.

La ville de Lausanne, que nous prenons encore en exemple, parce que, le cas d'extension se présentant pour elle, elle a judicieusement étudié la question, a divisé par zones son extension, imposant des règles de plus en plus restrictives à mesure que ces zones s'éloignent du centre urbain. Le plan d'extension ayant été remanié, complété et agrandi à trois époques différentes, en 1897, igoS et iQii, a du reste été accompagné chaque fois d'un nouveau règlement dont les articles de plus en plus stricts se sont, dans sa dernière forme, étendus avec précision jusqu'à l'esthétique.

Le plan d'extension le plus récent prescrit que, dans certains quartiers ou certaines voies, toutes les maisons devront être contiguës ou non contiguës. L'ordre non contigu est prescrit surtout dans les zones les plus extérieures.

Nous avons exposé plus haut en quoi consiste cette division en ordre contigu ou non, excellente dans les quartiers d'exten- sion et que nous préconisons vivement'.

Pour l'ordre contigu, le règlement fixe ainsi les conditions auxquelles sont soumises les constructions :

I. Voir chapitre Hygiène.

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 77

Ces alignements sont obligatoires le long des voies publiques ou à la ligne en retrait fixée pour certaines voies et ce, sur toute la largeur de la propriété.

Les constructions peuvent exceptionnellement être établies en arrière de l'alignement fixé s'il s'agit d'une maison isolée sur toutes ses faces ou d'un groupe de maisons à construire d'après un plan d'ensemble, sous réserve de l'autorisation de la municipalité.

Il est permis de laisser des espaces libres de constructions, mais la largeur de ces espaces libres ne sera pas inférieure à lo mètres et les façades donnant sur l'espace libre de constructions seront ajourées.

Ainsi l'alignement, qu'il soit établi en bordure de la voie ou en retrait avec zone non œdijicandi continue, est obligatoire : on ne peut à volonté se retraiter plus ou moins sur toute la largeur du lot ou en partie : ceci, en vue d'éviter les décro- chements successifs de maisons élevées, les unes en bordure, les autres en retrait, et surtout, croyons-nous, d'éviter les par- ties apparentes des murs mitoyens entre une maison alignée et sa voisine en retrait; souci d'esthétique, évidemment," qui cherche à supprimer ces pans de murs mitoyens affreux à voir. Ce même souci se retrouve dans l'obligation de s'aligner sur toute la longueur du lot. jusqu'aux immeubles latéraux, ce qui évite ces couloirs étroits entre maisons voisines si fré- quents en province; couloirs souvent inaccessibles, aux murs laissés bruts, non ravalés, sombres et sales. Une interruption dans la continuité de l'alignement n'est permise que si la largeur laissée libre est assez grande pour être aménagée en jardin, en communication avec la verdure du fond du lot; et, dans ce cas, les murs donnant sur cet espace libre seront ajourés, c'est-à-dire seront des façades comme les autres, même ceux du voisin limitrophe qui gagnera, de ce fait, un droit de vue. Ainsi est assurée la suppression des murs mitoyens apparents.

Ce but, si intéressant au point de vue esthétique, doit du reste être poursuivi dans toute la ville par la mise en vigueur d'un nouveau règlement, qui prescrit de décorer par des motifs d'architecture, des treillages, etc., tous les murs pleins, ce qui vise en particulier les murs pignons mitoyens.

La hauteur maxima des immeubles en alignement contigu est infé- rieure dans cette zone d'extension à celle établie par le règlement général.

78 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

Elle est de 12 m. 60 pour les distances de la mètres et au-dessus.

16 mètres pour les distances au delà de 12 mètres jus-

qu'à 18 mètres.

i8 mètres pour les distances au delà de 18 mètres.

Ces hauteurs comprennent tout ce qui est à l'aplomb du mur de face; la distance signifie la distance réelle entre alignements, que ceux-ci soient en bordure de la voie ou en retrait obligatoire.

Pour les voies le plan d'extension prescrit l'alignement en ordre non contigu, les mesures sont encore plus restrictives. On veut conserver à ces voies le bénéfice des jardins privés, qui doivent projeter leur verdure par-dessus les maisons et jusqu'en bordure de la voie.

Dans cet ordre, la distance entre un bâtiment et la limite de la propriété voisine ne sera pas inférieure à :

1" j mètres, si la longueur du bâtiment dans le sens de la voie publique ne dépasse pas 14 mètres;

4 mètres, si cette longueur est supérieure à i mètres et moindre que 20 mètres ;

5 mètres, si cette longueur est supérieure à 20 mètres et jusqu'à 28 mètres longueur masima d'un bâtiment ou d'un groupe de bâti- ments de l'ordre non contigu.

Lorsque la hauteur d'une façade dépasse 10 mètres, les distances ci-dessus doivent être augmentées de o,5o par mètre de hauteur dépassant 10 mètres.

Ainsi l'espace libre entre des blocs d'immeubles est en pro- portion de la longueur de ce bloc et en proportion de sa hauteur. 11 ne sera jamais en boyau encaissé entre deux façades élevées. L'air et la lumière qui y sont répandus à profusion assureront un libre développement à la verdure, qui viendra tous les 25 mètres au maximum s'épanouir jusqu'à la rue.

Les murs clôturant ces jardins ne peuvent en cacher la vue, car

La hauteur des murs de clôture ne peut dépasser i m. 5o, et ce mur peut être couronné par une grille ou un treillage ajouré jusqu'à 3 mètres à partir du sol.

Enfin la hauteur des maisons, dans cette zone, est encore réduite.

Les bâtiments de l'ordre non contigu ou isolé, qu'ils soient ou non riverains des dites voies, ne peuvent avoir plus de quatre étages sur rez-de-chaussée, mansardes comprises. La hauteur du sol à l'arête supérieure de la corniche, dans l'axe de chaque façade, ne peut

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DÉS PROJETS 79

dépasser i6 mètres, y compris toutes constructions à l'aplomb du mur de face.

Le plan d'extension prescrit que dans certains quartiers, avenues ou rues, ce nombre d'étages est réduit à trois, mansardes comprises. La hauteur au-dessus de corniche est alors réduite à i3 mètres. La hauteur de chaque façade ne peut dépasser 1/4 de sa longueur.

Le dernier paragraphe a pour but d'éviter qu'un même bloc soit coupé en petits lots qui, très hauts en proportion de leur largeur, donnent l'aspect de tranches successives accolées les unes aux autres, ce qui se présente dans de nombreuses pro- vinces.

Quelle différence entre ce règlement si soucieux de réserver largement l'air, la lumière et la verdure, et notre règlement parisien qui, même pour les quartiers nouveaux de la péri- phérie, autorise des hauteurs de i8 m. a5 sur des voies de 12 mètres de largeur, de 19 m. 25 sur des voies de 17 mètres, qui laisse s'élever une maison de six étages formant un écran, au milieu de constructions basses.

Mais ces mesures, si efficaces pour l'hygiène et déjà si heureuses pour l'aspect, ont paru encore insuffisantes pour l'esthétique.

Déjà le règlement excluait pour certains quartiers d'exten- sion les usines, les ateliers, pouvant par le bruit, la fumée ou simplement par l'apparence, nuire au Toisinage.

Un nouveau règlement de tgi.'( en instance devant le Conseil d'État fédéral propose d'étendre le refus de permis de construire à toute construction, transformation ou restauration projetée, qui porterait préjudice soit à l'aspect d'un monument artistique ou pittoresque, soit à l'aspect d'un quartier, d'une rue, d'une place ou d'un paysage.

C'est la garantie pour chacun de ne pas avoir un voisinage mal adapté à l'ambiance.

Mais ce nouveau règlement va plus loin, il s'efforce d'éviter les erreurs que le mauvais goût, la prétention, le désir de se singulariser, font trop souvent commettre à des propriétaires ou à des constructeurs peu soucieux d'harmonie.

La municipalité est en droit de faire modifier l'architecture ou les tons d'une construction qui serait en opposition avec les autres itonstructions d'une l'ue ou d'un quartier ou qui serait contraire aux règles de l'esthétique.

8o l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

Des articles complémentaires régissent l'entretien des bâti- ments et des clôtures, leur propreté et leur aspect convenable, et interdit toute enseigne, affiche, inscription, qui constituerait un enlaidissement.

Ce nouveau règlement ose donc affronter cette question redoutable et régir l'esthétique des constructions. Les règles de l'esthétique, dira-t-on, qui les connaît.'' Encore une fois, nous devons prendre ce mot d'esthétique dans son sens le plus large : il signifie pour nous harmonie, lignes heureuses, agrément de l'habitation.

Evidemment, un article de règlement ne vaut que dans la mesure il correspond au degré de culture et à la bonne volonté des intéressés. Son eifet dans le sens de son intention dépend de la valeur de celui qui aura à l'appliquer. Mais on est on droit de penser que celui qui sera choisi pour examiner les projets, qui jugera s'il doit les autoriser ou non, sera un homme de l'art suffisamment éclairé et juste pour comprendre toutes les modalités diverses de l'architecture saine et ne pas apporter de parti pris dans son examen.

Notre pays est assez riche en gens de goût, à l'intelligence ouverte et clairvoyante, pour que les villes puissent choisir des directeurs de travaux ou des architectes municipaux ou dépar- tementaux aptes à remplir ces délicates fonctions. Cette res- ponsabilité même amènera les municipalités à ne désigner leurs architectes qu'en raison de leur valeur.

Est-il à craindre que ces mesures n'arrivent en fait à imposer un art soi-disant officiel en substituant à la recherche et à la liberté d'invention esthétique de chacun les formes et les règles conventionnelles d'un art timoré? En aucune façon, car une composition neuve ne risquera jamais d'enlaidir son entourage si son originalité et sa trouvaille correspondent à la logique et au bon sens, en un mot si elle est sincère.

Mais, dira-t-on, ce souci d'harmonisation ira-t-il jusqu'à approuver une œuvre laide parce qu'elle doit prendre place dans un milieu déjà laid ? Il est évident que si un pareil règle- ment, n'ayant pas d'effet rétroactif, ne peut faire disparaître les œuvres médiocres ou pires qui existaient antérieurement, il ne s'appliquera pas cependant à recréer les laideurs qu'il cherche à empêcher, et qu'au contraire il profitera d'une

PRINCIPES DIRECTEURS POUR LA CONFECTION DES PROJETS 8l

amélioration isolée pour chercher à en étendre l'exemple au A'oisinage.

Les constructeurs et propriétaires n'ont donc rien à craindre de ce contrôle s'ils ont eux-mêmes souci d'art et d'harmonie, car pour un homme de talent il y a toujours possibilité de créer une œuvre personnelle, somptueuse ou simple, dans un cadre donné. Ce qui sera irrémédiablement condamné, et ceci pour le bien de tous, ce sont les projets insensés, contraires au bon goût, au bon sens et à la sincérité, dressés par des mains inexpertes, ignorantes ou négligentes. Tout ne sera pas beau, mais la laideur sera écartée. Cela invitera les proprié- taires à confier leurs travaux à des architectes offrant par leurs études techniques et artistiques, par leurs travaux antérieurs, par leur valeur propre, des garanties de savoir et de goût, ce qui n'est malheureusement pas toujours le souci de beaucoup d'entre eux.

Pour parer à l'envahissement de la laideur, il est nécessaire aujourd'hui que l'édilité prévoie la ville dans ses tracés, dans ses aménagements, dans sa composition, elle doit en régler les éléments en plan et eu élévation : architecture, composition, couleur.

Pour demain, souhaitons que cette tutelle devienne superflue et qu'à l'initiative trop souvent mercantile des constructeurs succède une initiative surtout artistique, une rivalité géné- reuse entre citoyens désireux de créer, selon leurs moyens, des œuvres belles et harmonieuses, si simples fussent-elles.

CITES DETRUITES,

CHAPITRE III

LES SERVICES D'URBANISATION

SOMMAIRE. Échelonnement pratique des phases d'urbanisation.

Les commissions municipales. Les coramissions départemen- tales. — La commission supérieure. Désignation de l'urbaniste.

Un bureau des plans. La rémunération des services.

Nous avons établi précédemment que les phases du travail prépéiratoire d'urbanisation comprennent la réunion des docu- ments, l'élaboration du programme et la confection du plan. Viennent alors les opérations préliminaires de l'exécution: expropriation, acquisitions et reventes, tracés sur place, et enfin les travaux d'exécution eux-mêmes.

Mais, dcms la réalité, ces diverses opérations ne suivent pas un ordre aussi rigoureux, ou du moins chacune comporte plusieurs périodes qui peuvent chevaucher, dans une certaine mesure, les périodes d'une autre opération. Si la réunion de tous les documents et le programme sont nécessaires avant tout autre travail, l'étude des plans peut et doit géné- ralement se faire en plusieurs étapes chevauchant sur les opérations préliminaires d'exécution. En effet, l'étude du plan comportera, d'après les documents réunis, un avant- projet qui, examiné par les pouvoirs publics et les conseils des intéressés, subira peut-être quelques modifications ou variantes. Mais ce serait une chance exceptionnelle si, même revu et corrigé, cet avant-projet pouvait être stiivi de point en point dans l'exécution. Les documents remis, en l'espèce les états cadastraux, ne sont pas toujours tenus à jour, et dans

LES SERVICES D 'URBANISATION 83

la réalité on constatera bien des différences entre les plans qui ont servi à l'étude et les relevés faits sur place. De plus, cet avant-projet ne tient que vaguement compte des évalua- tions de propriété, parce que ces évaluations sont elles-mêmes des plus approximatives. Mais, lorsque, le principe étant adopté, on voudra arriver à des précisions et que la ville devra connaître le crédit aussi exact que possible à affecter à l'opé- ration, il faudra bien établir les évaluations sur des bases plus étudiées, dont le résultat amènera probablement des retouches au projet primitif.

Enfin les villes, après avoir établi et adopté un plan d'amé- nagement ou d'extension d'ensemble, n'exécuteront ce plan qu'au fur et à mesure des besoins, par fragments dont l'étude, chaque fois, sera reprise en concordance autant que possible avec le plan général, mais avec les modifications qu'amènera forcément l'évolution passée entre l'étude du plan d'ensemble et 1 exécution du quartier envisagé.

Ainsi, dans la réalité, l'urbanisation ne suivra pas les étapes nettement définies que nous indiquions théoriquement dans le chapitre précédent. Pratiquement, l'échelonnement détaillé de ces phases sera le suivant :

Réunion des documents;

Préparation et rédaction du programme ;

Etude de l'avant-projet suivant les documents réunis;

/i" Elude sommaire des règlements annexes pour en sou- mettre l'esprit aux pouvoirs public ;

Devis sommaires d'après les estimations approximatives. C'est alors seulement que la ville pourra se rendre compte si elle peut donner suite à l'opération et comment elle devra l'en- treprendre, en totalité ou par parties ;

Travaux de topométrie, fournissant les données exactes, en plan et suivant les profils nécessaires ;

Evaluation précise des propriétés touchées; étude des échanges possibles et des valeurs de compensation;

Elaboration du plan définitif, d'après l'avant-projet et suivant les données topométriques et les renseignements d'évaluation ;

Etablissement des plans et projets complémentaires, sous- sol, jardins, transports en commun, etc.;

84 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

10° Etude des monuments, façades, élévations diverses, etc. ;

11° Elaboration des règlements cdilitaires, généraux et spéciaux, règlements d'hygiène, d'esthétique, police de con- struction, etc., avec rapports explicatifs, rédaction des textes proposés ;

12° Détails de la viabilité;

13" Projet de lotissements par zones;

i4° Devis descriptif et estimatif des travaux.

Pendant ce temps, c'est-à-dire à partir de l'adoption de lavant-projet, les opérations suivantes auront pu être préparées et se poursuivre en corrélation avec les phases d'études précé- dentes :

i5° Opération d'acquisition, propositions, expropriations, échanges, etc. ;

i6° Tracés sur place suivant les repères posés lors des relevés topométriques;

17° Exécution.

Ces trois dernières opérations ne sont plus du domaine propre de l'urbaniste. Elles sont l'œuvre de la municipalité, qui pourra les faire suivre par ses services administratifs et techniques ou les concéder, par des conventions spéciales, et sous conditions précises, à tel concessionnaire de son choix. Toutefois l'ur- baniste pourra être appelé à en avoir la haute surveillance. Mais jusque-là, c'est-à-dire jusqu à l'adoption du projet défi- nitif complet, son rôle est prépondérant. Il ne peut se faire cependant qu'avec la collaboration de plusieurs services tech- niques apportant chacun le concours de sa spécialité et avec l'appui des commissions officielles avec lesquelles un rapport constant sera nécessaire.

Les services techniques seront ceux qui dépendent des administrations municipales et départementales, du service des Ponts et chaussées et les diverses sociétés industrielles importantes de la région.

. . Les commissions officielles com-

Les commissions, , . , ^ . .• 1

porteront les représentations admi- leur rôle. ^ . . ^ , , ,

nistratives correspondantes a leurs

fonctions, élargies et complétées par l'intervention, suivant

un rôle déterminé, de personnalités ou de groupes d'initiative

LES SERVICES d'uRBANISATION 85

privée dont le concours serait éminemment utile. L'organisa- tion de ces services ' pourrait, à notre avis, comporter :

Des commissions municipales et intercommunales;

Des commissions départementales;

,3" Une commission supérieure - ;

/i° Un technicien chargé de l'établissement du projet;

Un bureau des plans.

Les commissions municipales seraient composées d'un nombre restreint de membres, mais tous appartenant à la région en question, ou ayant motif de s'y intéresser; elles comprendraient naturellement les Conseillers municipaux indi- qués; un urbaniste; le directeur des travaux de la ville, s'il n'est pas lui-même l'architecte urbaniste; le directeur du bureau d'hygiène municipale, ou, à son défaut, un membre de la Commission sanitaire de l'arrondissement, ou du Conseil d'hygiène, ou un Inspecteur départemental, ou tout autre délégué choisi par le Préfet parmi les hygiénistes, et un membre de la Commission des sites et monuments naturels de la région.

Nous voudrions en outre qu'à tous ces hommes spécialement indiqués, on n'ait garde d'oublier d'adjoindre quelques-uns de ces bons citoyens qu'on rencontre dans presque toutes nos cités, qui portent à leur ville, grande ou petite, à sa beauté, à son confort, à ses souvenirs, un intérêt particulier, et qui en ont souvent fait l'objet d'études intéressantes, se montrant toujours prêts à se dévouer à la prospérité de leur petite patrie \

La dite commission, présidée par le Maire, aurait pour but :

1. Nous insistons sur ce point qu'il ne s'agit ici que de l'étude des plans d'aménagement et de leur mode de réalisation, mais non de l'exécution des travaux, qui appartient naturellement aux services municipaux et départe- mentaux déjà organisés (architectes, ingénieurs des administrations, ponts et chaussées, voirie, etc.).

2. Ces deux dernières prévues par la loi Cornudet.

3. Les communes trop peu importantes pour fournir les personnalités en question pourraient être représentées dans une commission intercommu- nale par leurs maires respectifs; cette commission intercommunale, siégeant par exemple au chef-lieu de canton, agirait au mieux des intérêts d'urbani- sation des petites communes.

86 l'aménagement et l'extension des villes de FRANCE

A. De réunir tous les documents propres à faciliter l'étude du plan ;

B. D'élaborer un programme directeur mentionnant l'ensemble des desiderata requis et des difficultés spéciales qui se présentent dans la localité ;

C. De nommer, au concours ou au choix, le technicien chargé de l'étude du plan ;

D. De fixer le montant des honoraires convenant en l'espèce et de conserver le contact avec le bureau du plan d'extension que nous voudrions voir fonctionner, tout au moins dans les villes d'une certaine importance.

ha commission départementale, installée dans chaque préfec- ture, faisant, elle aussi, appel au concours des personnalités compétentes ou des sociétés locales spécialement intéressées (voir rapport Cornudet), aurait pour mission de réunir :

Les principaux plans et documents anciens se rappor- tant aux villes du département;

Les copies des plans et documents nouveaux concernant les modifications projetées pour ces mêmes villes ;

Les meilleurs plans primés dans les concours et qui inté- ressent l'Urbanisme.

Cette commission conseillerait au besoin les commissions communales qui, pour une raison ou pour une autre, ne réu- niraient pas les compétences nécessaires pour l'exécution des plans ; elle ne fonctionnerait aux lieu et place de celle-ci que dans le cas les dites commissions communales serïiient notoirement inexistantes ou incapables.

La commission supérieure, instituée au Ministère de l'Inté- rieur (voir rapport Cornudet), aurait pour but :

A. D'élaborer un programme-guide, pouvant servir de direction pour la confection des programmes locaux ;

B. D'examiner, dans un délai donné, les projets d'amé- nagement et d'extension au fur et à mesure de leur établisse- ment, et de fournir, dans chaque cas, un rapport technique qui servirait de base au Conseil d'Etat, celui-ci ayant seul qualité pour proposer le décret d'utilité publique qui donnera force de loi au plan.

LES SERVICES d'uKDANISATION 87

Le proiet sera établi par un

L établissement x i i- , i, i

. ^ technicien désigne par 1 une de

du projet. . . ° }

ces commissions, suivant 1 impor- tance du projet. Cette désignation peut être faite soit au choix, soit par concours restreint, soit par concours public, modes dont les avantages et les inconvénients sont à évaluer suivant les cas

. . Un bureau des plans cV extension

Bureau du plan. ,, , ^ ,.

serait installe, par arrondissement,

dans les locaux de l'administration municipale'; seraient

étudiés, au fur et à mesure des besoins, les divers problèmes

d'urbanisation indiqués dans le projet établi par le technicien

designé par la commission communale ou départementale.

„, , . Les services d'urbanisation se-

Remuneration . , , , .. ,.i5. ^

ront rémunères, partie par 1 Etat, des services.

partie par les municipalités inté- ressées, l'Etat prenant à sa charge (rapport Cornudet) une somme fixe ; les municipalités ayant à payer le reliquat des dépenses et des honoraires afférents à l'établissement des plans et à la direction des travaux d'études dont l'importance varie naturellement avec celle des localités.

Les membres des commissions municipale, départementale et supérieure, seront rémunérés au moyen de jetons de présence à la charge respective des administrations qu'elles représentent '^. L'architecte urbaniste chargé de dresser le plan d'aménage- ment et d'extension, création originale, mise ou non au con- cours, recevra des honoraires qui pourraient être établis de la façon suivante :

Étant donnée la différence de travail dans l'étude des projets, selon qu'il s'agit dune ville ou d'une autre, la formule pour trouver le chiffre d'honoraires comporterait un élément fixe et un élément variable : le premier élément, représenté par un

1. Pour les communes trop peu importantes, le bureau des plans serait établi au clief-lieu d arrondissement, qui centraliserait les études concernant les communes.

2. Il est toutefois probable que, dans bien des cas, en ce qui concerne les commissions municipales, des collaborateurs s'offriraient gracieuse- ment, par intérêt pour la commune.

88 l'aménagement et L extension des villes de FRANCE

tant pour cent fixe, lo p. loo par exemple, sur le chilTre de la population actuelle de la ville (sans que le prix minimum puisse être inférieur à 2 000 francs, pris sur la part de l'Etat); le second élément, représenté par un tant pour cent variable qui tiendrait compte de la superficie du nouveau plan, du nombre d'habitants prévus dans un avenir donné, des reliefs du terrain, et, d'une façon générale, de toutes les difficultés inhérentes à la localité. 11 incomberait à la commission com- munale de déterminer ce pourcentage (les communes se réser- vant d'ailleurs de payer ces frais); cette commission pourrait, jusqu'à un certain point, faire une économie sur le tarif des honoraires en réduisant le tant pour cent variable et en nom- mant, par compensation, l'auteur du plan à la tète du service régulier qui fonctionnerait à l'Hôtel de ville'.

Dans chaque ville existent des sociétés qui s'intéressent spécialement au présent et à l'avenir de la région, comités d'initiative, chambres de commerce, sociétés industrielles, un appel de fonds pourrait être fait à ces groupes d'initiative privée pour aider à la rémunération des concours nécessaires.

Les préposés au service du plan seront traités comme fonc- tionnaires et rémunérés comme tels, à l'instar des services de voirie.

Nous ne pouvons entrer ici dans le détail du fonctionne- ment des commissions, de l'organisation du bureau de l'ur- baniste et de ses rapports avec les services techniques, muni- cipaux ou privés. Ce sont des questions d'administration supérieure qui seront mises au point par des règlements inté- rieurs.

Nous avons seulement voulu donner une idée générale des rouages principaux des services qui, pour l'ensemble du pays, doivent assurer l'étude, le contrôle et l'adoption des plans régulateurs .

I. A ces frais d'honoraires s'ajouterait, en cas de concours, le verse- ment des primes aux projets classés par jugement.

DEUXIEME PARTIE

LE CAS DES AGGLOMÉRATIONS DÉVASTÉES PAR LA GUERRE

Après avoir considéré dans leur ensemble les questions que soulèvent l'aménagement et l'extension des agglomérations, après avoir signalé l'importance du problème, les enquêtes et les études qu'il demande, les solutions qu'il réclame, les compétences qu'il exige, nous nous proposons d'adapter les principes généraux de l'Urbanisme au cas immédiate- ment intéressant des cités abîmées ou détruites par la guerre.

Aussi bien, il y a lieu, dès l'abord, de dis- tinguer d'une part entre les villes, les bourgs et les villages qui ont été abîmés par l'inva- sion et qui, eu égard à la densité de leurs populations, réclament des traitements divers, d'autre part entre les degrés de destruction et les situations respectives des agglomérations qui sont, les unes absolument anéanties ou incendiées, les autres partiellement bombar- dées ou incendiées, d'autres même très légè- rement touchées.

CHAPITRE I

APPLICATION DES PRINCIPES D'URBANISATION AUX VILLES DÉVASTÉES

SOMMAIRE. Opportunité des réformes. Opérations prélimi- naires. — Le plan d'ensemble indispensable. Étude rapide des projets. Extensions. Déplacements de population. Revision des anciens plans. Notre époque commémorée par l'embellisse- ment urbain. Conservation des ruines, reconstruction des édifices historiques. Reconstruction des édifices publics.

Les principes directeurs et les indications générales que nous avons réunis dans les chapitres précédents doivent indis- cutablement être mis en pratique dans la reconstruction des Vflles détruites ou partiellement atteintes par la guerre.

^ .,, , Nous devons combattre tout de

Opportunité des .,,.,, . . ,

,, suite 1 laee suivante qui essaie de

se faire jour : qu'en un moment les villes ont souffert les affres de la guerre, on ne saurait penser à leur imposer de nouvelles entraves, même pour leur amélioration, pour leur régénération, et que le mieux serait de se contenter tout d'abord de légères réformes, quitte à entreprendre par la suite la transformation et l'extension sou- haitées d'après des plans dont on poursuivrait l'étude à loisir. Nous déplorerions tout délai inutile empêchant les habi- tants des régions dévastées de prendre possession de leurs nouvelles demeures ; mais ce serait pourtant une erreur presque

ga LE CAS DES AGGLOMERATIONS DEVASTEES PAR LA GUERRE

irréparable que de ne pas améliorer les habitations et les villes au moment celles-ci vont être reconstruites et alors que les améliorations nous sont rendues précisément plus faciles par l'état de délabrement posl bclhim.

Les personnes qui préconisent la reconstruction précaire et immédiate et la solution d'attente quant aux aménagements ne voient pas le problème sous son angle véritable. Au sortir de cette guerre, la position mondiale de la France sera très changée, son crédit moral sera considérable, il importe donc qu'une organisation plus parfaite de nos cités permette d'exploiter la situation nouvelle dans laquelle le pays va se trouver; c'est ainsi seulement que nos populations arriveront dans un avenir prochain à se récupérer des dommages subis.

Cette politique d'attente, en supposant que l'on remette à plus tard la transformation des villes sinistrées, laisserait dans l'état anti-hygiénique et souvent anti-économique d'avant la guerre des agglomérations entières, car il va de soi que de longues années s'écouleront avant que les municipalités ne se résolvent à imposer aux habitants qu'ils supportent les nou- veaux tracas qu'entraînent fatalement les transformations urbaines. En outre, elle donnerait lieu à une double dépense. Que la ville soit ou non transformée, remarquons que la durée de la reconstruction des habitations et des édifices de la col- lectivité sera d'ailleurs, à peu de chose près, la même dans les deux cas.

^ . . ... . . Ce qui importe dans le cas pré-

Operations prehmmaires ' . i ;• -, 7 7

^ ^. sent, c est de limiter le temps des

a la reconstruction. . .... .

opérations préliminaires qui sont :

l'élaboration des programmes, la confection des plans, puis leur approbation, la procédure d'expropriation.

Les travaux préparatoires à la confection des plans, les enquêtes, l'élaboration du programme, sont indispensables, même dans le cas des villes détruites ou abîmées. La dispari- tion des archives, des bibliothèques administratives, créera certaines difficultés, mais la consultation de personnalités éminentes et qualifiées y suppléera dans une grande mesure, parce que la plupart des renseignements à recueillir sont des faits d'observation.

PRINCIPES d'urbanisation APPLIQUES AUX VILLES DEVASTEES f)3

Pour ce qui a trait à la confection même des plans, nous donnons au chapitre m de la partie les indications utiles pour la formation d'un service spécial temporaire, qui réduirait au minimum le coût et le temps nécessaires, tout en assurant les conditions les meilleures pour obtenir un très bon travail.

Dans les circonstances actuelles, de nouvelles méthodes devront être adoptées, afin que rapprobation des plans et les décrets d'utilité pidylique qui les rendront exécutoires soient obtenus dans un laps de temps déterminé qui devrait être très limité, les sages lenteurs de l'administration ne pouvant être de mise ici.

Dans ce but, nous recommandons d'élargir les pouvoirs de la commission supérieure qui siégera à Paris ' .

Nous croyons, en effet, qu'il est absolument nécessaire de soumettre, sans aucune exception, tous les plans d'aménage- ment, d'embellissement et d'extension des villes à cette com- mission qui devra, par définition, réunir, en dehors des com- pétences administratives et politiques, un nombre suffisant de spécialistes particulièrement avertis des questions d'Urbanisme.

Pour le fonctionnement rapide des services, cette commis- sion qualifiée pourrait servir en quelque sorte d'antichambre au Conseil d'Etat, préparant et simplifiant les travaux de l'hono- rable compagnie qui n'aurait plus qu'à examiner les dits pro- jets au point de ~vue strictement légal.

Pour les procédures d'expropriation, on doit escompter que l'Etat, comme il vient de le faire pour la réparation des dom- mages et la répartition des indemnités, inaugurera les moyens nouveaux capables de faciliter les opérations et de réduire cette période transitoire.

Nous reviendrons sur cette question dans la 3" partie pour suggérer quelques simplifications qui, mises en pratique, atteindraient le but désiré.

Qu'il s'aeisse de villes entière- Le plan d'ensemble . i^

... ., ment détruites, ce qui, nous

indispensable. ' ,, ^ .

voulons 1 espérer, sera 1 exception,

qu'il s'agisse au contraire de villes partiellement atteintes,

1. Voir plus loin le projet de loi Cornudet (igiS) sur l'aménagement et lextension des villes.

gi LE CAS DES AGGLOMlîa.VTIONS DÉVASTÉES l'AU LA GUERRE

il importe qu'un plan d'ensemble, d'aménagement, de réforme et d'embellissement, comprenant même l'extension, puisque le cas sera prévu par la loi, soit établi avant toute étude de détail. Chacun des quartiers atteints ou détruits pourra être ensuite l'objet d'une étude complète, mais qui sera, par ce fait, en liaison avec les autres quartiers de la ville et avec la banlieue. Procéder autrement serait un non-sens sur lequel nous croyons avoir assez insisté précédemment.

A. . .^ j Afin de gagner du temps, nous

Etude rapide des .,, " ° , , ^ , ,

. . conseillons de procéder aux études

projets. , , , ,

a ensemble de la manière suivante :

Le plan d'ensemble et d'extension serait traité de façon sché- matique, n'insistant que sur les caractères dominants et les grandes lignes des divers quartiers. Sur le dit plan figureraient surtout les principales voies de liaison et d'extension. Ce tra- vail servirait de guide à l'urbaniste et devrait figurer dans le dossier des plans d'aménagement à titre consultatif seule- ment; seules les parties de ce plan marquées comme devant être réalisées d'urgence motiveraient des études poussées qui seraient soumises au décret d'utilité publique.

Nous ferons remarquer que les parties marquées d'urgence peuvent être non seulement celles qui ont souffert de la guerre, mais également les parties laissant à désirer au point de vue de la circulation ou de l'hygiène et dont la transformation pourrait être entreprise par la même occasion.

Par la suite, et après la reconstruction dans un temps donné des parties sinistrées, les villes seraient tenues de soumettre aux décisions de la commission supérieure et du Conseil d'Etat les aménagements et développements des parties du plan laissées en attente.

^ . ^ D'autre part, il serait dangereux.

Extensions urgentes. , . ° ,

dans certains cas, sous prétexte

d'aller vite, de négliger tous les secteurs d'extension d'une

ville dont le noyau ou les quartiers centraux seulement

auraient souffert de la guerre.

Dans beaucoup de nos villes de France, spécialement dans

le Nord et dans l'Est, des quartiers industriels ou des magasins

1

PRINCIPES d'urbanisation APPLIQUÉS AUX VILLES DÉVASTÉES 05

usiniers se trouvent placés dans le centre. Pour des raisons dhygiènc, de bienséance, d'aspect, de commodité, de rende- ment industriel, sur lesquelles il est inutile d'insister, ces quartiers, surtout dans le cas ils doivent être reconstruits, seront déplacés avec avantage et répartis sur la périphérie en des endroits plus économiquement favorables.

Ce genre d'opérations sera d'ailleurs financièrement si avan- tageux, par suite de la plus-value des terrains revendus, que les industriels et les propriétcdres verront en général ces dépla- cements avec satisfaction.

Ce sera le cas de Reims, dont le quartier de l'industrie textile (magasins de laines et tissus), situé en plein centre de la ville, loin de l'eau et du rail et dans les plus mauvaises condi- tions hygiéniques, a sérieusement souffert du bombardement; ce quartier devra évidemment être reconstruit sur un empla- cement plus adéquat ' .

L'exemple d'une transformation de quartiers rendue égale- ment absolument nécessaire à la suite d'un bombardement nous est fourni par la ville de Lille, qui possédait en plein centre, entre la gare et la préfecture, tout un conglomérat d'habitations surpeuplées, desservi par des ruelles sinistres et devenu un véritable foyer d'épidémies. Cette ville se trouvera dans l'obligation, aussitôt la fin des hostilités, de trans- former le dit quartier de façon totale. Il est évident qu'entre autres aménagements, un boulevard allant de la gare à la préfecture s'impose ; mais il faudra dès lors prévoir ce que deviendra la population de l'ancien quartier, le propre des nouveaux aménagements urbains, en accordant plus d'air et d'espace moyen à chaque habitant, étant de contraindre à l'exode les anciennes populations des quartiers intéressés. Celles-ci se dirigent généralement vers la périphérie, d'oii nécessité, tout en aménageant les quartiers du centre, de songer aux quartiers excentriques et de surveiller l'extension urbaine.

Ces deux villes, Reims et Lille, nous ont permis de montrer sous une forme concrète ce qu'il importe de faire dans deux

I. Les nouveaux quartiers industriels entraînent généralement la création d'habitations ouvrières plus ou moins groupées. 11 importe également de se soucier d'un tel sujet qui peut donner lieu à des quartiers d'extension.

f)6 LE CAS DES AGGLOMÉRATIONS DEVASTEES PAR LA GUERRE

cas particuliers; il serait facile d'étendre la démonstration à d'autres villes.

INous avons voulu attirer l'attention, à l'aide de ces exemples, sur ce fait que l'exécution des plans d'aménagement et de réforme à l'intérieur des agglomérations, quels que soient les quartiers touchés, provoque toujours des déplace- ments et des répartitions nouvelles de population qui ont pour résultat un mouvement d'extension plus ou moins considérable des villes. Ce mouvement d'extension, répercussion fatale de tout aménagement nouveau, doit, dans tous les cas, être contrôlé, dirigé et régularisé; c'est l'un des buts primordiaux des plans d'extension.

Mais le déplacement de classes de population ou de caté- gories de commerce, qui ont pris, au cours des âges et dans certains endroits déQnis des villes, une forme stable et bien établie, ne doit pas être fait à la légère; dans bien des cas, même, il faudra l'éviter à tout prix.

De même, si le sol ou le sous-sol des rues d'un quartier détruit n'ont pas été bouleversés et si ce quartier ne doit pas être transformé par de grandes voies nouvelles, il convient de respecter, autant que possible, les anciens travaux de voirie. Dans de tels quartiers, que nous supposons reconstruits sur les mêmes alignements, les améliorations hygiéniques dési- rables devront cependant être imposées par un règlement spécial de construction différant au besoin de celui du reste de la ville (limitation plus sévère de la hauteur des maisons, élar- gissement et désencombrenient des cours, quelquefois groupe- ment d'îlots, etc.).

D'autres cas particuliers peuvent se présenter en grand nombre, pour lesquels il faut se garder de préciser les solutions par avance. Dans les recherches d'urbanisme, les problèmes se présentent toujours avec des données différentes dont les réponses sont à déterminer sur place.

D'une façon générale, les questions d'ordre budgétaire interviendront toujours comme un facteur à considérer, mais il ne faudra jamais oublier que des dépenses momentanément lourdes peuvent se justifier non seulement par un bénéfice concret et immédiat, mais par une économie sérieuse dans les dépenses de l'avenir et par un bénéfice social indéniable ;

PRINCIPES D URBANISATION APPLIQUES AUX VILLES DEVASTEES 97

qu'en tout cas, si le contribuable est appelé à participer à des frais de cette sorte, il vaut mieux qu'ils soient justifiés par des améliorations prochaines, qui porteront certainement leurs fruits, que par des réparations tardives, toujours très coû- teuses, nécessitées par un manque de prévoyance dans lapasse.

Le même sentiment de prudence Revision des , . .

que nous avons pose en principe anciens plans. ^ , /. i

pour les Iransiormations des parties

agglomérées des villes nous fait écarter de suite cette idée que nous avons entendu émettre, qu'il suffirait pour les villes détruites d'appliquer, ils existent, les plans d'aligne- ments anciens déjà établis et approuvés avant la guerre.

Ces plans, prévus parcimonieusement pour des réformes partielles et onéreuses en temps de paix, se sont révélés telle- ment insuffisants dans toutes les villes oîi ils ont été exécutés, qu'il n'est plus possible de les accepter tels quels. Ils doivent être soumis à une revision, au nouveau crible de l'étude et des diverses formalités(approbations, décret d'utilitépublique, etc.). Leur incorporation dans un plan d'ensemble permettra seule de reconnaître dans quelle mesure ils répondent aux besoins de notre époque.

L'embellissement urbain a une

Notre époque ^ n ' i- ' x

telle repercussion sur 1 agrément commémorée par ,, ^. , . , , . i ,

. „. ^ , . et 1 enrichissement eeneral des

l'embellissement urbain. ,•■ ,. ,

villes qu il faut souhaiter, pour

autant que les quartiers détruits le comportent, que leur

reconstruction et leur transformation soient conçues dans un

véritable esprit architectural.

Nous souhaiterions que dans chaque ville, et, nous irons plus loin, dans chaque bourg, dans chaque village, pro- portionnellement à son importance, à son caractère, à ses ressources, quelque chose de remarquable fût fait dans ce sens, qui marquerait notre époque et ce moment si pathétique de notre histoire.

Plutôt que des monuments commémoratifs isolés, dont on a tant abusé, des œuvres utilitaires bellement conçues, places, groupements d'édifices, etc., seraient édifiées ; parfi-

aTES DETRUITES.

gS LE CVS DES AGGLOMÉRATIONS DÉVASTÉES PAR LA GUERRE

cipant dans la suite des temps à la vie active de la ville, elles repondraient à la fois à une fin pratique et esthétique, tout en perpétuant le souvenir d'un passé glorieux.

La reconstruction des édifices Conservation des ■• , ^ i ii i

historiques et des ensembles archi- ruines, reconstruction des ^ . ,

'J.C- i.- ^ tecturaux anciens provoque actuel-

edifices historiques. .a i . .

lement des avis contradictoires.

Des personnalités éminentes veulent conserver les monu- ments et les édifices qui auront souffert de la guerre, dans l'état même ils se trouveront à la fin des hostilités; d'autres pensent que la réparation ou la reconstruction de ces édifices dans leur état ante hélium s'impose comme une affirmation d'énergie et importe au plus haut point.

Si l'état de ruine et l'intérêt d'art de tous les édifices étaient les mêmes, on pourrait prendre une décision unique, mais il s'en faut qu'il en soit ainsi. D'autre part, la conservation de certaines ruines, dans l'état la guerre les a laissées, pourra présenter de grosses difficultés pratiques ; des travaux de con- solidation ou de protection pourraient les défigurer, ce qui serait également très loin du but recherché.

Entre la conservation pure et simple des ruines et la recon- struction totale de l'édifice, il existe toute une gamme de solu- tions qui pourront intervenir suivant les cas ; les administra- teurs des villes s'inspireront, pour en décider, d'arguments qui varieront avec le but à poursuivre et les circonstances locales.

Reconstruction, restauration, aménagement des ruines... sont autant de programmes, et il en est d'autres, qui doivent, dans chaque ville et dans chaque cas particulier, faire l'objet de résolutions spéciales; nous ajoutons cependant que, les édifices ou les aspects d'ensemble n'avaient qu'une valeur relative, surtout dans le cas la destruction est com- plète, c'est au contraire un devoir pour les Municipalités de laisser à notre génération le soin de se manifester.

En dehors des édifices histori- Reconstruction des . , .- j' »

noues ayant un caractère d art édifices publics. '■ , '',, .... , , •.'

marque, 1 attention des autorités

devra se porter sur la reconstruction des édifices publics

PRINCIPES D URBANISATION APPLIQUES AUX VILLES DEVASTEES 99

(hôpitaux, casernes, abattoirs, etc.) dont beaucoup auront directement souffert du bombardement ou de l'incendie.

Dans bien des cas, il y aura un intérêt évident à reporter ces édifices, lors de leur reconstruction, vers la périphérie. Leur suppression dans la partie dense de la ville devrait, le plus fréquemment, donner lieu à la création d'espaces libres qui font grand défaut dans toutes nos agglomérations.

Toutefois, si l'emplacement devait, pour une raison ou une autre, être utilisé pour des constructions nouvelles, il ne devrait en tout cas jamais être aliéné ou revendu pour l'édi- fication de constructions privées.

Nous insisterons d'ailleurs pour que la reconstruction d'édi- fices publics modernes donne lieu à des compositions d'en- sembles qui ajouteront au caractère et à la physionomie de la ville, compositions étudiées avec le souci de former pour l'avenir des centres généraux de la collectivité ou des centres de quartiers (centres topologiques) très caractérisés et que l'on a trop souvent négligés dans nos villes.

Des questions locales pourront Questions diverses , , .a. , .

, ea;alement être envisagées suivant

et locales. ° , -. .^

les cas : déclassement de fortifi- cations, réfection du réseau d'égouts ou établissement d'un système d'évacuation des eaux de pluie et usées, amélioration de l'approvisionnement de l'eau potable, création de services nouveaux de transports, d'éclairage électrique..., construction d'écoles, de marchés, d'édifices publics de toutes sortes, etc. Nous n'avons pas à les traiter ici. Une seule chose est essentielle, et nous y revenons après en avoir parlé au début de ce chapitre, c'est qu'il importe d'organiser les villes détruites en concevant d'ensemble leurs plans et en tenant compte dans tous leurs détails des problèmes locaux. Mais ceci nous ramène aux vues générales que nous avons expri- mées dans la première partie du volume.